13.01.2010
Un rédacteur en chef de renom suspecté d’infraction à la déontologie
Si, comme moi, vous avez lu aujourd’hui le quotidien 24 heures, vous aurez sans doute eu sous les yeux la une ainsi que la première page du cahier vaudois. Deux pages dans lesquelles il est bien évidemment question de l’affaire qui secoue le canton en ce moment : le meurtre de la municipale d’un village de la région morgienne.
Depuis trois jours, 24 heures nous apprends tout, ou presque, sur la défunte, son mari, les réactions des habitants du village, celles de l’entourage de son mari qui est un libraire reconnu.
Ce matin, le journal dressait le portrait du meurtrier présumé : son propre beau-fils, le fils de son mari hospitalisé pour cause de grave maladie. La description de l’inculpé est tellement précise que l’on y apprend tout de lui, y compris son nom, qu’il est un scientifique de renom et son lieu de travail sur lequel le journaliste semble être allé enquêter.
Là où cela se gâte sérieusement, c’est lorsque l’on se rend compte que 24 heures publie deux fois la photo du meurtrier possible. Deux fois ! La première en une et la seconde à la première page du cahier vaudois. Même Le Matin n’a pas osé.
Certes, on me rétorquera que 24 heures informe, qu’il relate les éléments qu’il a en main. Soit. Mais qu’apporte la photo du présumé meurtrier qui est de toute manière déjà sous les verrous ? Est-ce vraiment nécessaire ?
C’est sans doute la question que s’est posée Thierry Meyer qui y répond dans la version électronique du journal :
«Une coutume introduite voici une trentaine d’années dans la presse romande veut que l’on ne publie généralement que les initiales d’un prévenu, et que l’on masque ou «floute» ses yeux. Cette tradition, qui ne repose sur aucune obligation légale, ne s’applique pas lorsque la personne est une personnalité publique. Or, en l’espèce, nous sommes dans ce cas de figure, puisque les livres du prévenu sont disponibles à la Bibliothèque cantonale universitaire et dans les librairies de la région, et qu’y figure sa photo et son nom en toutes lettres. Une simple recherche sur Google renseigne quiconque sur sa biographie complète. Face à cette évidence, nous avons préféré l’honnêteté et la véracité à une forme d’hypocrisie qui soulagerait la conscience.»
Publier la photographie d’un présumé coupable serait donc légal et constituerait une preuve d’honnêteté. Tout cela parce que la photo de l’homme incriminé serait facilement accessible, ce qui est loin d’être évident, et qu'il serait une personnalité publique.
Le Conseil suisse de la presse s’est penché sur cette problématique après la publication abondante de la photo du meurtrier de la jeune Lucie en mars 2009. L’ensemble des considérations est accessible sur le site de cet organisme qui conclut ainsi :
1. Les rédactions ne devraient pas publier par pur réflexe le nom et la photo d'un criminel présumé livrés par les autorités, mais bien procéder avant publication à leurs propres réflexions déontologiques. Même en des temps économiquement difficiles, avec un paysage médiatique sujet à des changements structurels, et en dépit de la pression de l'actualité devenue plus forte pour les rédactions à l'ère du on-line, une soigneuse pesée des intérêts déontologique reste indispensable.
2. La publication d'un avis de recherche ou d'un appel à témoins par les médias se justifie s'il y a péril en la demeure. C'est le cas, par exemple, lorsque d'autres délits sont à craindre et/ou l'auteur présumé est en fuite, de même s'il nie sa culpabilité. La publication de noms et de photos est en revanche disproportionnée lorsque, comme dans le cas «Lucie», l'auteur présumé du meurtre a déjà été arrêté et qu'il a avoué, et que de plus un grand nombre d'éventuels témoins se sont annoncés auprès des autorités avant même la publication d'un appel à témoins.
3. Certes, les circonstances dans lesquelles les autorités dévoilent l'identité d'un auteur présumé - par exemple lorsque cette identification se fait au cours d'une conférence de presse retransmise en direct - peuvent entraver les efforts des médias à observer une retenue déontologique. Toutefois la publication, une seule et unique fois, du nom et de l'image de l'auteur présumé ne confère pas à coup sûr à ce dernier une notoriété telle qu'elle rende inutile et superflu tout respect de l'anonymat dans les comptes rendus ultérieurs.
4. Les responsables de chaînes de radio et de télévision ainsi que les services on-line qui retransmettent intégralement des conférences de presse et autres manifestations semblables devraient prendre des précautions afin d'être en mesure de réagir lorsqu'une diffusion non filtrée de l'image et du son de l'événement enfreint les normes déontologiques.
5. Même si une rédaction parvient, après une pesée soigneuse des intérêts, à la conclusion que dans un cas donné la publication du nom et de la photo d'un auteur présumé est admissible, elle doit veiller à donner à cette information un traitement proportionné. Les journalistes ne sauraient profiter abusivement de la mention du nom et de la photo d'un auteur présumé par les autorités dans le cadre d'un appel à témoins pour clouer au pilori un meurtrier présumé et ses proches.
À la lecture de la position du Conseil suisse de la presse, en tenant compte du fait que le présumé meurtrier a été arrêté et que, même s’il n’a pas avoué, il est donc a disposition de la justice, en prenant conscience que le site de la Police cantonale vaudoise ne mentionne même pas le nom du suspect – et encore moins sa photo, en cherchant bien ce qu’apporte la double publication de la photo du prévenu, on en est réduit à suspecter 24 heures et sa rédaction en chef d’un manquement à la déontologie.
Et surtout, en allant un peu plus loin et en se souvenant un instant que, même pour la presse, il n'y a pas que l'information, le tirage et les recettes publicitaires qui comptent, on ne peut être que parcouru par un désagréable frisson quand on imagine ce qui a pu se passer dans la tête du père du meurtrier présumé et mari de la victime, gravement malade, lorsqu’il a découvert la une de 24 heures, ce matin, sur son lit d’hôpital.
Les pseudos honnêteté et véracité – prônées par Thierry Meyer – qui s’imposent devant une «forme d’hypocrisie qui soulagerait la conscience» auraient dû s’incliner devant la déontologie et la conscience tout court.
- Crédit image : photomontage maison à partir d'éléments de 24 heures.
18:04 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 24 heures, conseil suisse de la presse, déontologie, meutrier, photo, présumé, publication




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Commentaires
Toujours aussi réactif, Hubler. Vous avez raison.
Ecrit par : Géo | 13.01.2010
vous avez tout à fait raison. j'ai aussi été scandalisé par le traitement "made by 24H" de cette affaire. On reste dans le ton de la publication des photos d'Hannibal par le siamois genevois de "La Julie". Irresponsable.
Ecrit par : olivier | 13.01.2010
C'est simple, j'ai dû me frotter les yeux deux fois afin d'être bien sûr que je ne lisais pas Le Matin... Je souhaite à Thierry Meyer de n'être jamais suspecté de meurtre et d'être vilipendé par sa propre rédaction.
Un sentiment de malaise tant il me semble que de plus en plus, le 24H tend à traiter l'information comme son cousin people Le Matin.
Un torchon qui fait dans le sensationnalisme est bien suffisant en Suisse Romande, pas besoin d'en ajouter un second... D'ailleurs il est flagrant que les deux site web des deux quotidiens présentent la même info quasiment de la même façon. Seule différence notoire, Le Matin ne couvre pas le régional sauf meurtres, scandales bien juteux, etc...
Finalement, le seul quotidien de bon niveau quoi reste est Le Temps. Merci à eux.
Ecrit par : Olivier | 13.01.2010
Tout à fait d'accord avec Olivier. Cela fait quelque temps déjà que je pense abandonner mon abonnement à ce qui fut un grand quotidien, lu depuis des décennies dans ma famille, mais qui comme Le Matin a subi une "blickisation" qui me déplaît.
Heureusement, il existe encore en Suisse romande des quotidiens plus modestes, régionaux, qui font un travail magnifique et qui ont gardé la déontologie nécessaire à leur métier.
Ecrit par : gamine | 14.01.2010
Alain, je ne suis presque jamais d'accord avec vous. Mais là, vous avez raison. En fait, il faut remonter à la base de ce dérapage. La société nous inonde d'images, la télé zappe toute seule et même le TJ est truffé de fond qui scintillent tout seuls, tout doit être packagé. Même le Journal Romand a dû succomber à une forme de présentation fashion, avec des effets audio/vidéo qui renforce l'effet "magazine", il ne manque que Nikos Aliagas. Alors, 24 Heures, est-elle coupable? Oui mais. Ce journal est coupable de suivre la mode média et la société pour ne pas disparaître. Sommes-nous prêt, peuples vaudois et romand, à accepter de lire un journal qui ne cède pas au sensationnalisme, aux grosses photos entourées d'un texte maigrichon en quantité et en contenu? Sommes-nous prêt à voir des Infragouge sur la TSR un peu moins rythmés, mais beaucoup plus formateurs pour l'opinion? La vie est devenue un show permanent. Les émissions TV des gamins sont truffées de pubs, les émissions de variétés envahies de numéros de SMS a composer pour devenir riches, même la solidarité avec Haïti prend la forme du marketing. Oui, 24 Heures est coupable dans l'affaire du meurtre des Hauts de Morges, coupable de suivre une société qui perd ses valeurs et qui n'est plus fichue d'entreprendre une réflexion ou un analyse sans allumer de guirlandes clignotantes. D'une certaine façon, on n'est pas loin d'un autre débat: celui lié à la déchristianisation avancée et de la perte des valeurs, au nom d'une mondialisation obligatoire. L'un des indices avancés de cette décérébration consiste dans l'incapacité de nombreux lecteurs de rédiger une remarque "en français" dans les forums, par exemple celui du Matin. On n'est pas loin de l'onomatopée citoyenne. Il n'est dès lors pas étonnant que ces "quasi-mutants culturels ", qui écrivent plus vite qu'ils ne pensent, doivent être nourris non par des informations, mais par des sensations.
Ecrit par : Poll | 14.01.2010
Nous pleurons la perte de la "Gazette de Lausanne" et du "Journal de Genève"
sans oublier le "Courrier" qui malheureusement a complètement viré à gauche.
"La Liberté" poursuit son chemin alors que le "Nouvelliste", depuis que le clan Fournier est à la barre, retombe dans ses vieux travers.
Ecrit par : Hypolithe | 14.01.2010
La Presse est morte: ça ne sert plus à rien de s'agiter autour de son cadavre.
Ecrit par : Rabbit | 14.01.2010
24 Heures est devenu un torchon sans nom. J'en viens même à regretter l'époque où il était l'organe officiel du parti radical. La seule page de valeur est celle qui contient le dessin de Bürki.
Heureusement il reste le Courrier, seul vrai quotidien qui ne prend pas ses lecteurs pour des abrutis profonds, et l'un des derniers encore un peu à gauche (c'est à relever tant c'est remarquable à l'heure des Blick et autres 20 Minuten, outils obligatoires de la crétinisation de la société prônée par le SVP: un crétin de plus votera inéluctablement à l'extrême-droite...).
Abonnez-vous à Vigousse ! (Et espérons que Bürki rejoigne vite l'équipe)
Vince
Ecrit par : Vince | 14.01.2010
Billet très pertinent! Verriez-vous un inconvénient à ce que je reprenne le sujet sur mon blog?
Ecrit par : Alex Dépraz | 14.01.2010
Vivement que cette presse poubelle, Julie comprise, crêve la bouche ouverte ... d'ailleurs à en juger par le look web 1.0 des blogs ... les budgets doivent se contracter ... la mort s'approche !
Ecrit par : Djinius | 14.01.2010
@Alex Dépraz : bonjour. Vous pouvez reprendre tout ce que vous voulez, car ce blogue, qui n'est que le miroir de celui de ma signature, est lui aussi placé sous licence http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.5/ch/
Par contre, je serais très intéressé à visiter le vôtre.
Tout de bon.
Ecrit par : Alain Hubler | 14.01.2010
Je me régale: les "intellos" se déchaînent. Ils lisent, ils pensent, ils réfléchissent, ils décident ils jugent. La presse n'est que poubelle et quoi
encore ? Je crois savoir trier le grain de l'ivraie, s.v.p. ne crachez pas
dans la soupe. (il y en a même un qui parle de déchristianisation.) Alors, Amen!
Ecrit par : Braïus | 14.01.2010
J'accordai encore un certain crèdit à ce quotidien mais force m'est de constater qu'il se rapproche dangereusement d'une presse à scandales connue Outre Sarine.Monsieur le rèdacteur, reprenez vous.
Jacques Castioni Préverenges
Ecrit par : jacques castioni | 15.01.2010
À Braïus: vous avez raison, je n'aurais peut-être pas dû mentionner le mot "déchristianisation". Mon idée était de situer la réflexion sur la presse "fast-food" au niveau d'une société devenue matérialiste, productiviste, où le "posséder" l'emporte fortement sur le "exister". Dans ce contexte qui est directement lié aux valeurs traditionnelles actuellement mises en cause, le mot que j'ai employé se voulait civilisationnel et pas religieux.
Dans mon esprit, l'évolution de l'information écrite, parlée ou télévisée se fait vers du "facile à consommer" car l'information non-prémâchée n'a (ou n'aurait) plus d'intérêt pour une marge croissante de la population. Est-ce faux selon vous?
Ecrit par : Poll | 15.01.2010
Docteur Vince, vous oubliez le The New Light of Myanmar et le China Daily. Vous regrettez la Pravda, la vrai celle d'avant, celle de "Krouttchef". Pourquoi ne pas refaire "la voie de peuple", avec le nombre de sympatisant que vous avez, cela serait sûrement un succès! Mais non vous squater un torchon!?!
Concernant Meyer, c'est un nul, il vous a fallu longtemps pour vous en rendre compte!
Ecrit par : Jerry Golle | 15.01.2010
Et que dire du Matin qui republie la photo, le nom et l'histoire de la sommité médicale qui doit affronter ses juges en ce moment. Le journal l'avait déjà fait lors de la révélation de l'affaire, puis lors du renvoi de l'inculpé devant une juridiction de jugement. Tant que l'homme n'aura pas été condamné, il doit aussi pouvoir bénéficier de la discrétion qu'implique la présomption d'innocence. Non? La presse qui ne respecte plus rien ni personne est assurément son propre fossoyeur.
Ecrit par : Emigré | 15.01.2010
Déontologie? Oui, d'accord! Mais Qu'est-ce?
Selon un vieux dico qui traîne sur une de mes étagères, ce serait la théorie des obligations qui régissent une profession.
Bon! Mais quel est la profession de Monsieur le rédac-chef de renom? Rédac-chef? Vraiment!
Pas du tout! Il n'est que poulie de transmision. Transmission entre investisseurs et rédaction du journal. Des affairistes qui ne demandent qu'une seule chose: faire du fric!
Dès lors, il est certain que le Monsieur n'a en aucun cas manqué à la seule obligation qui régit sa profession: faire du fric!
C'est Monsieur Hubler qui manque de déontologie! Pour un scientifique, il devrait savoir qu'il est nécessaire d'analyser, d'espérimenter et de contrôler avant d'avancer une théorie!
Remarque pour les âmes simples: la majeure partie du "discours" et de second degré!
Ecrit par : Père Siffleur | 15.01.2010
Jerry Golle (il vous a fallu combien d'années pour trouver ce minable jeu de mot ?), que vous vouliez passer pour plus cultivé que vous ne l'êtes est votre droit finalement, mais tentez au moins d'être honnête dans votre bêtise. Essayez par exemple de lire le programme du POP, et à l'aide de votre maigre bagage politique (en y supprimant les tonnes de lieux-communs et autres stéréotypes qui habitent votre esprit arriéré), de le comparer à celui du parti communiste d'union soviétique ou du parti communiste chinois. Vous y trouverez autant de points communs qu'il peut y avoir entre Erwin Schrödinger et vous-même.
Quant au très risible "avec le nombre de sympathisants que vous avez blablabla", je me demande si vous êtes bien sérieux. Est-ce à dire que vous regrettez la "Grande Epoque" où il n'y avait qu'un seul parti en Allemagne dont les idées étaient "acceptées" par 99 % de la population ? Êtes-vous vous-même un partisan de la pensée unique (celle en vogue ces temps à de forts relants fascistes, cela devrait vous convenir) ?
Ecrit par : Vince | 15.01.2010
Vince (Taylor?): Jerry Golle est-il aussi ancien que Harry Cover ? Je fais une thèse sur le sujet.
Au fait, le chat de Schrödinger aurait dû vous prévenir que 99% et fasciste se retrouvent parmi les lieux communs et autres stéréotypes les plus fréquemment réchauffés par la pensée unique de gauche. Vous subirez le sort du chat (intellectuellement s'entend....).
Ecrit par : Paul & Mic | 15.01.2010
Que pousse l'élitaire, hautement intélligent Vince, communistes flamboyants a squater 24 heures?
Ecrit par : Jerry Golle | 15.01.2010
C'est un ancien rocker reconvertit dans la politique pour s'assurer le gite et le couvert. Ils font tous ça ou créent des ONG: la manipulation mentale et l'humanitaire sont les seuls créneaux porteur en ce début de siècle calamiteux. Avant que ça sature craignos. Parce qu'après, ça va cogner....
Ecrit par : Zébulon | 15.01.2010
Zébulon, excellente analyse!
Ecrit par : Jerry Golle | 16.01.2010
Mieux vaut un Jerry heureux, qu'un Jerry.... heureux ?
Juste en passant - et désolé si je me pose la question - quel est l'objectif final de l'extrême-droite de ce pays en dénigrant tout ce qui est "intellectuel" (en dehors du fait de casser les structures - politique de base anti-Suisse développée quotidiennement par le parti fascisant udc - je ne vois pas). Est-ce que le nivellement par le bas voulu et promu par l'udc a comme objectif d'aliéner les gens pour qu'ils soient plus facilement manipulables (aliénation mentale pour ne reprendre que les termes du spécialiste en la matière Zébulon) ? Avant que "ça ne cogne" ?
Vraiment incompréhensible...
Ecrit par : Vince | 16.01.2010
Dépêche de l'ATS
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Présomption d'innocence
L'Ordre des avocats vaudois dépose plainte contre deux quotidiens
L'Ordre des avocats vaudois (OAV) attaque «24 heures» et «Le Matin» devant le Conseil suisse de la presse.
Il estime que les deux quotidiens ont «gravement» violé le principe de la présomption d'innocence dans l'affaire du meurtre d'une conseillère municipale de Vaux-sur-Morges (VD).
«Nous voulions pousser un coup de gueule», a dit mardi à l'ATS le bâtonnier Pierre-Dominique Schupp. «On aurait pu agir dans d'autres cas, mais là ça allait tellement au-delà des règles que ça méritait un rappel», a-t-il expliqué en soulignant que l'OAV ne cherche pas à entraver le travail de la presse.
Dans son communiqué, l'ordre relève que chacun a droit au respect de son image et à la présomption d'innocence jusqu'au procès qui doit se tenir dans des conditions équitables. «En diffusant sans autorisation tant le nom du suspect de ce meurtre que sa photo et en le décrivant de telle sorte qu'il soit aisément reconnaisable, les articles (de ces deux médias) ont violé brutalement ces droits fondamentaux».
«Faire vendre»
Pour l'OAV, aucune des exceptions prévues par la Déclaration des devoirs du journaliste concernant la mention des noms (personnalité exerçant un mandat ou une fonction publique par exemple) ne s'applique dans ce cas. La publication de l'identité et de l'image a été motivée par la seule volonté de faire vendre «24 heures» et «Le Matin», relève l'OAV.
La rédactrice en chef du «Matin», Ariane Dayer, se dit «extrêmement étonnée» par cette plainte. Le journal a complètement respecté les règles du métier: on a toujours parlé du meurtrier présumé, un bandeau a été mis sur la photo, seules les initiales ont été données.
Grave menace
Avec la mort d'une élue, il s'agit d'une affaire importante, souligne Ariane Dayer. «Nous avons respecté les règles déontologiques», poursuit-elle en s'inquiétant des conséquences d'une telle plainte. «Si le Conseil de la presse nous donne tort sur le fait d'enquêter sur un fait divers qui a conduit au meurtre d'une conseillère municipale, c'est la mort du journalisme en Suisse», a-t- elle déclaré.
«24 heures» a estimé que le meurtrier présumé était «extrêmement facilement identifiable», affirme pour sa part Thierry Meyer, rédacteur en chef du quotidien. Il a publié des livres qui ont eu du succès et a été interviewé à la télévision et à la radio.
Géométrie variable
«Nous n'avons pas voulu tourner autour du pot, faire semblant que ce n'est pas une personnalité. On a respecté les règles», poursuit Thierry Meyer qui s'étonne de «l'indignation à géométrie variable» de l'OAV par rapport à d'autres affaires.
L'Ordre des avocats vaudois indique en outre qu'il a saisi le juge d'instruction cantonal. Une vraisemblable violation du secret de l'enquête a permis aux médias d'obtenir l'identité du suspect, estime l'OAV dans sa plainte.
(SDA-ATS/bn/hl/sz)
Ecrit par : Alain Hubler | 19.01.2010
C'est une accusation grave. La déontologie se doit d'être respectée. Surtout de nos jours.
Ecrit par : heated floor mats | 19.12.2011
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