24 Heures

16.06.2009

Démocratie spontanée

2129392524_1525258c7d_m.jpgIl arrive parfois que les organes délibérants soient confrontés à des objets qui rencontrent une belle approbation en commission et qui, tout à coup, rencontrent des problèmes : des grains de sable se logent dans la mécanique pas si bien huilée que ça de la politique institutionnelle.

C’est le cas du préavis municipal joliment intitulé « Rassemblement de diverses unités du service social dans un même immeuble » et numéroté 2009/19. C’est beau le rassemblement, non ?

Ce préavis, proposition municipale au conseil communal, est censé répondre à deux problèmes : la dissémination des unités du service social et la nécessité probable d’embaucher des collaborateurs pour s’occuper des victimes de la crise économique.

Tout cela paraît tomber sous le – bon – sens et ne devrait pas poser le moindre problème. Sauf que, ce n’est pas si simple.

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07.12.2008

Niou public management

BibliothèqueDonc, selon un rapport d’audit, la Bibliothèque municipale de Lausanne est bien malade. Selon la presse, cet audit met le doigt sur des dysfonctionnements avérés caractérisés par un climat délétère, une détérioration des compétences relationnelles et une mauvaise organisation des tâches. Rien que ça !

Une situation tellement conflictuelle que Silvia Zamora, la municipale en charge de la Culture, a décidé de mouiller sa chemise et d’intervenir personnellement pour renouer le dialogue entre le personnel et la direction de la bibliothèque.

Comme on peut bien s’en douter, une telle ambiance n’est pas propice à la mise en place de l’ouverture du samedi de la bibliothèque. Une ouverture demandée par les usagers et soutenue par le personnel, mais une ouverture annoncée à ce dernier par … la presse. Une ouverture qui sera bien évidemment accompagnée d’un chamboulement des horaires de travail et qui aurait mérité un peu plus de doigté dans la communication. Une communication défaillante d’ailleurs pointée du doigt par le rapport d’audit.

C’est sur ces entrefaites, et alors que les turbulences continuent de secouer le lieu cher aux bibliophiles lausannois, que la municipale, qui s’est donné pour mission de rétablir la confiance nécessaire à la motivation de l’équipe pour mener à bien la mise en place de l’ouverture du samedi, a eu l’excellente idée d’envoyer une lettre dans laquelle elle menace explicitement de licenciement ceux qui ne signeraient pas dans les meilleurs délais un engagement ferme à travailler le samedi.

Pour montrer son ouverture et son sens du dialogue, la municipale précise que les récalcitrants seront préalablement convoqués dans ses bureaux.

Enfin !

Voilà une décision qui honore la magistrate socialiste qui, ce faisant, lutte contre le laisser-faire habituel de la gauche. Une bonne vieille menace de licenciement voilà qui va permettre de réinstaurer une saine ambiance de travail ainsi qu’une estime réciproque entre les travailleurs et leurs responsables administratif et politique. Nul doute aussi que ce que la presse qualifie – abusivement, comme toujours – d’ultimatum crée les conditions indispensables à un état d’esprit favorable au développement harmonieux du service public.

Quant au « petit noyau [qui] fait obstacle en faisant croire qu’il est contre l’ouverture», cette pédagogie du bâton devrait en avoir raison et le réduire à la taille d’un pépin.

Pour ma part, je salue haut et fort la démarche courageuse de cette municipale à poigne qui, loin de s’encombrer des conclusions d’un rapport d’audit qui coûte déjà suffisamment cher en lui-même, évite de s’embarquer, en plus, dans de chronophages et coûteuses opérations de concertation avec un personnel qui est, somme toute, là pour travailler et pas pour pleurnicher sur son sort.

Une main de fer dans un gant de velours qui ne confond pas culture du dialogue avec culture tout court.

15.11.2008

Grève et prise d’otage

Lyon et le cadeauJusqu’au début de ce mois, la fonction publique vaudoise n’avait, dans mon souvenir, jamais connu des périodes de grève s’étendant sur plusieurs jours consécutifs.

Il a suffi de deux jours – oui, deux petits jours – consécutifs de grève dans les gymnases vaudois pour que des commentateurs plutôt mal inspirés se mettent à parler de prise d’otage.

Oui, vous avez bien lu, prise d’otage. Prise d’otage, des mots forts qui ont un sens. Lorsque des morts forts de sens sont utilisés, la moindre des choses est de soigneusement les soupeser avant de les donner en pâture à ceux qui vont en faire leurs choux gras.

Les amateurs de terminologie issue du terrorisme, un mot qui a aussi un sens très fort du point de vue politique et émotionnel, se recrutent essentiellement dans la presse, pas seulement gratuite, et les médias en général.

C’est ainsi que, par exemple, le gratuit 20 minutes titrait mercredi après la première journée de grève du 11 novembre : «C’est une prise d’otage des patients et des élèves.»

Le même jour, avant même le début de la grève, le journaliste de la RSR Jean-Marc Béguin parlait de «Prise d’otages dans les gymnases vaudois», un terme qui reviendra deux fois dans un texte de 25 lignes.

Quant à Philippe Barraud, l’animateur du magazine en ligne soi-disant contre le «néo-conformisme» (?), il publie un billet littéralement bourré de termes issus du vocabulaire terroriste : sabotage, prise d’otage et j’en passe.

Et ce qui devait arriver arriva, 24 Heures a trouvé jeudi un gymnasien qui lâche «Nous sommes pris en otage par les enseignants alors que nous n’avons rien à voir avec le sujet!»

Prise d’otage ?

Est-ce que quelqu’un a vu un seul employé de l’Etat de Vaud - parce qu’il n’y a pas que les profs de gymnase qui grèvent et qui manifestent – poser un revolver sur la tempe d’un usager du service public ? Ou bardé de ceintures d’explosifs ? Ou encore la lame de son couteau posée sur la délicate gorge d’un ou d’une Conseiller ou Conseillère d’Etat ?

Bien évidemment non !

Il ne s’agit pas du tout de cela, tout le monde le sait, mais certains font comme s’ils ne le savaient pas, car les mots ont un sens et les mots qui ont un sens ont des conséquences lorsqu’on les utilise comme des armes de destruction massive*.

Des armes de destruction massive dont l’usage a pour objectif de dynamiter les droits constitutionnels et démocratiques par la stigmatisation, par l’accusation, par la culpabilisation, voire par la diffamation de ceux qui les utilisent.

Des armes de destruction massive qui ont pour but d’effrayer, de démoraliser, de diviser, pour enfin soumettre.

Des armes de destruction massive dont la fin est de casser le droit de grève et l’exercice des droits constitutionnels, par la bande, sans même avoir le courage - ou l’inconscience - de lancer une initiative populaire visant à supprimer l’article 28 de la Constitution fédérale qui traite de la liberté syndicale et du droit de grève.

Des armes de destruction massive qui sont finalement beaucoup plus dangereuses que quelques jours de grève, quelques banderoles et quelques gueulantes au mégaphone.

La grève est un droit, nous avons donc le droit de faire la grève.

À ceux à qui cela ne plaît pas, il reste la liberté de la faire interdire par les voies démocratiques. À moins que vous ne raisonniez comme cet internaute rencontré au hasard d’un blogue qui réagit à l’interdiction du droit de grève par cette formule :

Supprimer le droit de grève ? Ah non, quand même ! Mais au moins qu’ils ne l’utilisent pas.

* J'ai bien conscience que cette expression est également lourdement chargée de sens ...

25.01.2008

Le scandale des fiches


Dec FauxC’était il y a dix-huit ans. Une commission d’enquête parlementaire découvrait que la Confédération était en possession de dossiers comportant des informations sur les activités politiques, syndicales ou associatives de près de 700’000 personnes vivant en Suisse.

Ce fût un certain Moritz Leunberger qui rédigea le rapport dénonçant le scandale de cette collection de données portant atteinte à la sphère privée. L’Etat-fouineur était révélé au grand jour.

Depuis, nul n’est dupe, et chacun se se doute bien qu’il peut exister ici ou là, un ou deux dossiers de nature confidentielle renfermant des données sensibles.

Mais, il y a une nouveauté en ce début d’année 2008.

Alors que le personnel de l’Etat de Vaud est en instance de mobilisation contre le projet DECFO/SYREM – projet qui correspond à une nouvelle description des fonctions et à une nouvelle grille salariale – et qu’il prépare une journée de grève pour le 31 janvier prochain, le Conseil d’Etat vient de remettre le doigt dans l’engrenage des fiches.

C’est ainsi qu’il a fait distribuer un formulaire que tout employé de l’Etat de Vaud est censé remplir pour annoncer, par écrit, la durée de sa participation à la grève. Il est de plus précisé sur le formulaire que cette information sera versée au dossier personnel.

Et pourtant, cette démarche est parfaitement illégale en regard du Règlement d'application de la loi du 12 novembre 2001 sur le personnel de l'Etat de Vaud (RLPers-VD) qui précise dans son article 101b :

Art. 101 b) Données sensibles

1 Les données sensibles sont des données personnelles qui se rapportent :
- aux opinions et activités politiques, religieuses, syndicales ou philosophiques;
- à la sphère intime;
- au profil de la personnalité;
- à des sanctions pénales ou administratives.

2 À l’exception des sanctions pénales et administratives prononcées contre le collaborateur durant son activité au sein de l'Etat, la collecte, la conservation et la communication des données sensibles sont interdites, sauf circonstances exceptionnelles ou accord du collaborateur.

Collecte de données sensibles illégale à coup sûr.

Mais aussi, et surtout peut-être, un moyen d’intimidation pour briser au maximum la volonté de se battre contre un système qui, selon le Parti socialiste vaudois «introduit des inégalités inacceptables entre employé-e-s déjà engagé-e-s et leurs futur-e-s collègues».

Tout cela fleure bon le scandale des fiches de la Berne fédérale, avec un soupçon de cynisme en plus : chaque employé est exhorté à se constituer son dossier lui-même, ou, plus clairement à se mettre la corde au cou.

28.12.2007

Quarante mille francs la boîte aux lettres


Boîte à lettresAprès la suppression de 1150 bureaux de poste jugés peu rentables, après la transformation de ceux qui restent en bazars où les bonbons sont judicieusement placés à la hauteur des yeux des enfants, la Poste a pour objectif de supprimer environ 2000 boîtes aux lettres sur les 20000 que compte le pays.

Manifestement, la suppression de ces boîtes aux lettres a déjà commencé, en toute discrétion, notamment à Olten où des habitants sont montés aux barricades pour défendre leur boîte. Mais les porte-parole de la Poste essaient d’être rassurants: si la population n’est pas informée, les autorités locales sont consultées. Plus inquiétant, selon le géant jaune, les autorités des communes romandes seraient conciliantes, autrement dit, elles laisseraient faire.

Mais il y a un espoir car Richard Pfister, porte-parole de la Poste, a affirmé au gratuit 20 minutes que le nombre exact de boîtes qui disparaîtront n'est pas encore défini et qu’il dépendra de la réaction des communes concernées, Mieux, Nathalie Salamin, une autre porte-parole de la Poste, a assuré dans Le Matin de ce jour : «Si le maintien d'une boîte est exigé, nous obtempérons».

Le message est clair, si vous tenez à votre boîte, rassemblez-vous, unissez-vous, pétitionnez, manifestez au besoin. Bref exigez et la Poste obtempèrera !

Un dernier détail : la Poste a annoncé le 31 octobre dernier un bénéfice consolidé record de 699 millions pour les neuf premiers mois de l’année 2007. Ce montant permettrait d’allouer la coquette somme de 40000 francs par mois pour l’exploitation de chacune des deux mille boîtes jaunes en sursis. À ce tarif, je suis volontaire pour en prendre une en charge. Et je vous garantis que je la relèverai trois fois par jour, même si elle est vide !