04.08.2009

Le bateau ivre

3769351208_ff9b67cff6_m.jpgOn ne plaisante pas avec les symboles patriotiques, même s’ils ont moins de vingt-quatre heures d’existence, même s’ils sont le produit d’un bon coup de communication.

C’est ce que j’ai appris à mes dépens samedi, jour de la fête nationale suisse, en osant relever que, pendant qu’Alinghi paradait sur le lac Léman, deux de nos conseillers fédéraux tenaient des discours qui n’auguraient rien de bon pour les « petits » et pour les « sans ».

En deux coups de cuillère à pot et en quelques heures de navigation, le defender de l’America's Cup avait fait oublier les procédures en justices dans lesquelles il se débat avec son challenger Oracle, les accusations d’espionnage envers ce dernier et le licenciement de Russell Coutts qui avait pourtant largement contribué à la victoire d’Alinghi en 2003.

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06.07.2009

Federer : une drogue dure ?

FedererWimbledon2009.jpgC’est en tout cas ce que l’on pourrait croire, ou craindre, à la lecture de l’éditorial de Fabio Citroni dans Le Matin d’aujourd’hui qui enchaîne les qualificatifs qui sortent d’habitude de la bouche des adeptes ou des combattants des psychotropes plus ou moins illégaux.

« Roger nous fait tourner la tête. […] On plane. Et on en veut toujours plus. […] C’est si bon et si dangereux à la fois. […] Tout le monde veut sa part de Roger. […] Il fait partie de notre quotidien. De notre vie. Il est notre plus belle rencontre. »

Roger nous tourne la tête comme une ligne de poudre blanche qui, une fois catapultée dans les voies aériennes – qui sont elles très pénétrables – puis dans le sang et le cerveau, nous donne cette illusion d’invincibilité imbécile.

Il est notre plus belle rencontre et ce qui nous est arrivé de mieux jusqu’au jour où on se rend compte que tout cela n’est qu’illusions, que paradis artificiels et que la victoire du meilleur tennisman de tous les temps ne change rien au monde qui nous entoure : individualisme, concurrence effrénée, solitude, pauvreté, chômage ou exclusion ... et ne parlons pas du nationalisme.

La descente est aussi brutale que la montée fut douce …

Hasard parmi les hasards, c’est aujourd’hui que, dans 20 minutes, Le Chat de Geluck s’est posé cette prenante question : « Dans ce monde égoïste qu’est le nôtre, on se demande parfois si on ne devrait pas se déguiser en miroir pour que les autres nous accordent un regard. »

C’est peut-être ce qu’a réussi à faire sans le vouloir Fabio Citroni en titrant son éditorial : « Federer est nous ». Histoire de nous faire « triper un max » sans doute !

27.09.2008

En plein dans le 10+

Romain Girouille et Guillaume TellLe 10+, ou X, est la partie centrale du blason – la cible donc – sur laquelle les archers tirent en compétition. Cette zone située en plein milieu du blason, à l’intérieur du 10, est d’un jaune légèrement différent et permet de départager les meilleurs en cas d’égalité.

C’est en quelque sorte le centre de la pomme de Guillaume Tell, le héros mythologique suisse que certains utilisent mal à propos, mais que la Ville de Lausanne et la Fédération internationale de tir à l’arc (FITA) ont choisi pour avoir l’œil ouvert sur la finale de la Coupe du monde.

C’est en effet sur l’esplanade de Montbenon que s’est déroulée ce samedi cette compétition qui regroupait le gratin mondial de l’archerie. Une esplanade qui offre une vue magnifique sur le lac Léman et sur les Alpes et qui est ornée en son centre d’une statue de Guillaume Tell sculptée par Antonin Mercié. Cette œuvre fut offerte à la Suisse en 1902 par la France en remerciement pour l’accueil réservé à l’armée du général Bourbaki en 1871. Une année où l’armée de l’Est dirigée par le général est défaite par les forces allemandes et dont les soldats sont internés dans divers cantons suisses.

Coupe du monde tir à l'arc Lausanne 2008 Le présent français n’a d’ailleurs sans doute pas été installé sur l’esplanade de Montbenon par hasard. En effet, ce lieu idyllique, s’il a longtemps été dévolu à la vigne, deviendra une place de fêtes et d’exercices militaires dès le XIVe siècle. C’est dire si les volées de flèches de ces championnats du monde de tir à l’arc ne sont pas les premières à avoir été décochées sur l’esplanade.

Un lieu magnifique, une discipline qui allie grâce, concentration, calme et suspense, un sport qui n’est pas pourri par l’argent, une fine allusion historique et des champions qui trouvent même le temps de vous initier au maniement de l’arc pendant la pause de midi.

Que demander de plus ?

Ben … les noms des Guillaume et des Guillemette Tell modernes, évidemment.

Alors les voici :


  • Arc classique dames : Natalia Valeeva (ITA), Ok-Hee Yun (KOR), Sung-Hyun Park (KOR) et la médaillée d’or Justyna Mospinek (POL)

  • Arc classique messieurs : Kyung-Mo Park (KOR), Romain Girouille (FRA), Viktor Ruban (UKR) et le médaillé d’or Dong-Hyun Im (KOR)

  • Arc à poulies dames : Ivana Buden (CRO), Amandine Bouillot (FRA), Nichola Simpson (GBR) et la médaillée d’or Jamie Van Natta (USA)

  • Arc à poulies messieurs : Sergio Pagni (ITA), Patrick Coghlan (AUS), Patrizio Hofer (SUI) et le médaillé d’or Dietmar Trillus (CAN)

02.08.2008

Une femme à Pékin

Drapeau du LiechtensteinC’est à juste titre que, dans les Quotidiennes, Estelle Lucien rappelle que les femmes n’ont pas toujours été, et de loin, correctement considérées par le grand bastringue olympique. C’est aussi avec pertinence que ce même média électronique rapporte l’«apartheid sexuel» dénoncé par le Comité Atlanta-Beijing+.

Si, à l’époque, le pas fin du tout Pierre de Coubertin qualifiait «les olympiades femelles d’inintéressantes, inesthétiques et incorrectes», de nos jours, la situation a bien évolué, sauf dans les pays musulmans intégristes. Ce sont d’ailleurs ces derniers que les médias et les associations promouvant l’égalité femmes-hommes sont les plus prompts à dénoncer.

Il existe pourtant un pays qui, pour ces XXIXe Jeux olympiques, n’enverra pas de délégation féminine en prétextant sa petite taille : le Liechtenstein. Et là, c’est le silence. Personne n’ose vraiment remettre en cause le choix de la Principauté de n’envoyer que le modèle couillu testostéroné de ses athlètes.

Et pourtant, le petit pays est représenté au Comité International Olympique par Son Altesse Sérénissime la Princesse Nora, une dame donc. Une princesse qui, de surcroît, fait partie de la commission «Femme et Sport» du CIO qui est censée renforcer la place de la femme dans le sport. Une princesse qui règne sur un micropays qui se vante de compter 15000 membres de fédérations ou clubs sportifs sur 35000 habitants et d’obtenir «d’excellents résultats dans les compétitions internationales.»

Mais un pays qui, malgré tout le bien qu’il pense de lui, invoque sa petitesse pour ne pas envoyer la moindre femme aux J.O.. Et pourtant, d’autres états, plus petits et parfois bien moins riches, y sont parvenus, comme les Îles Cook ou Saint-Marin.

Encore un effort Votre Altesse Sérénissime.

25.05.2008

Pour dormir tranquille pendant l’Euro2008

Hôtel Beau-rivage NeuchâtelSi vous détestez le foot, si vous avez des insomnies, si vous êtes sensible au tapage nocturne, si vous haïssez les élans nationalistes, si vous devez vous lever tôt pour aller travailler, si vous ne comprenez toujours pas pourquoi vingt-deux crétins en caleçon se donnent des coups de pied autour d'un ballon, si vous avez un bébé qui braille au premier petit bruit, si vous détestez les supporters qui tournent en voiture en ville en klaxonnant, vous allez passer un mauvais mois de juin 2008.

Sauf …

Sauf si vous habitez le centre ville de Neuchâtel où il sera interdit de klaxonner pendant tout l’Euro2008. C’est en tout cas ce qu’annonce Le Temps dans son édition de samedi et ce que confirme partiellement Antoine Grandjean le directeur de la police qui déclare pour sa part : « Quant à la loi sur la circulation routière qui interdit de klaxonner abusivement, elle sera appliquée avec intelligence […]. »

Mais au fait, pourquoi cette interdiction ? La raison en est simple même si elle est paradoxale. L’équipe de foot du Portugal et son étoile Ronaldo seront hébergés à l’Hôtel Beau-Rivage et ils doivent jouir d’un calme absolu pour mener à bien leur mission, soit faire mieux qu’en 2004 et donc être champions d’Europe.

Que celles et ceux qui pensent que les grandes rencontres footballistiques sont sources de nuisances fassent immédiatement leur autocritique. Au contraire, elles permettent d’instaurer en ville des espaces de calme, de sérénité et de silence … pour autant que vous soyez international de football.

  • P.S. Inutile d'essayer de réserver une chambre dans cet hôtel pour bénéficier du calme de l'équipe portugaise car elle occupe de manière exclusive les 65 chambres du palace.

09.04.2008

Voyage dans l’âme honnie

1126901472.jpgJe vous l’accorde, le titre de ce billet est un mauvais jeu de mots sur la base du nom officiellement attribué au relais de la flamme olympique des prochains jeux de la XXIXe Olympiade.

Il n’empêche que …

À voir le nombre de policiers à roulettes, ou sans, et le nombre de paniers à salade mandaté par la Sarkozie pour protéger le fameux symbole.

À compter le nombre de protecteurs officiels dépêchés par le Comité d’organisation des jeux de Pékin encadrant la torche en rangs serrés et adoptant un comportement peu amène à l’endroit de certains sportifs relayeurs.

À compter le nombre de raclées distribuées par les forces de l’ordre à ceux qui tentaient d’éteindre le fameux symbole de paix et d’amitié pour manifester leur sympathie – opportuniste ou sincère – pour le Peuple tibétain.

À considérer la façon dont la liberté de commerce des pays occidentaux est privilégiée au détriment de la liberté d’expression et du respect des droits de l’homme.

À observer comment certains prennent conscience de l’existence de la dictature exercée par le gouvernement chinois, depuis Paris (ou ailleurs) alors qu’ils n’étaient conscients de rien lorsqu’ils vendaient pêle-mêle 160 Airbus et 2 réacteurs nucléaires.

À relire le «Rapport de la commission d’évaluation du CIO pour les Jeux de la XXIXe Olympiade en 2008» qui a écrit noir sur blanc qu’elle attribuerait les JO sans aborder la question des droits de l’homme «si ce n’est pour reconnaître l’existence de ce débat.»

À prendre en compte tout cela et encore plus, on se dit que le «Voyage de l’harmonie», nom officiel et bien mal choisi du relais de la flamme olympique, était née sous de mauvais auspices.

Mais à relire l’origine de ce fameux relais, on se dit qu’il ne pouvait pas en être autrement et que ce relais était véritablement bien mal né.

Un relais né en 1936 sur une proposition de Carl Diem, secrétaire général du Comité d'organisation des Jeux de la XIe Olympiade à Berlin. Une proposition qui ne manqua pas de séduire l’ego et le sens de la mythologie païenne d’un certain Josef Goebbels, ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande sous le régime nazi d’Adolf Hitler.

Tu parles d’un voyage dans l’harmonie.

08.01.2008

Euro 2008 : le prix des Vikings


Swedish Soccer GirlLa ville de Lugano va débourser entre 70000 et 80000 francs pour permettre à l’équipe de Suède participant à l’Euro 2008 de faire les trajets entre son lieu de résidence tessinois et les villes de Salzbourg et Innsbruck où elle disputera ses matches. Le conseiller municipal socialiste Giovanni Cansani justifie ce «cadeau de bienvenue» comme une opération de promotion de sa ville.

Promotion bien évidemment destinée à faire connaître la ville lacustre aux Scandinaves afin qu’ils déboulent en masse pour «faire marcher» l’économie et le tourisme.

Il s’agit donc de 70000 à 80000 francs de publicité. Tout simplement.

Mais au fait, 80000 francs de publicité pour une ville dont les dépenses se sont montées en 2005 à 340 millions de francs, cela représente quoi exactement ?

Comme je ne possède pas les chiffres luganais, je vais extrapoler cette somme à la ville de Lausanne dont les dépenses s’élevaient à 1,522 milliards en 2006.

Rapporté à la capitale vaudoise, le cadeau aux Vikings se monterait donc à, pratiquement, 360000 francs.

Soit :

80000 francs pour avoir le plaisir de voir l’équipe de Suède s’entraîner dans sa commune me paraît donc un investissement démesuré.

Finalement, peut-être qu'à ce prix-là, Lugano aurait mieux fait de payer la nuit de noces à qui on sait …
Ça ce serait un vrai coup de pub !

04.01.2008

Décolonisation : Paris-Dakar annulé


Paris-Dakar annuléAlors que le prix du brut frise, ou a atteint par la vanité d’un courtier, les 100 dollars, les participants du rallye africain Paris-Dakar vont être contraints d’économiser l’essence et l’Afrique. Le célèbre rallye est annulé en raison des menaces terroristes qui pesent sur la course et ses concurrents. Il semblerait que ces menaces proviennent du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, algérien) qui aurait fait allégeance à Al-Qaida et qui avait déjà contraint les organisateurs à annuler deux étapes du Paris-Dakar 2007. Certains observateurs spécialisés avaient d’ailleurs déjà évoqué une telle annulation à l’époque.

Selon l’AFP, c’est après différents échanges avec le gouvernement français - en particulier le ministère des Affaires étrangères- et compte tenu de ses fermes recommandations, que les organisateurs du Dakar ont pris la décision d'annuler l'édition 2008. Même si les auteurs n’ont pas été identifiés, l’assassinat de quatre touristes français, le 24 décembre dernier, en Mauritanie a aussi dû jouer son rôle dans la décision d’annulation.

Ainsi, les 245 motos, 205 voitures et 100 camions qui devaient prendre le départ de la course à Lisbonne pour arriver à Dakar le 20 janvier vont rester au garage et n’iront pas batifoler dans les dunes africaines. Cette année, le nombre de morts au compteur de la course n’augmentera donc heureusement pas et restera fixé à 9 enfants et 2 femmes des pays traversés, 7 journalistes, 13 motards et 21 concurrents sur quatre roues, soit un total de 52 décès.

Par ailleurs, la machine médiatico-économique vit assez mal cette annulation. Pour le directeur des sports de France Télévision, Daniel Bilalian ; il s’agit «d’un coup dur» et il y aura de lourdes déprogrammations. Conséquences probable: des pertes publicitaires.

Si beaucoup d’internautes et de commentateurs se réjouissent de cette annulation qui épargnera des vies humaines et qui évitera d’envoyer dans l’atmosphère quelque 22000 tonnes d’équivalent carbone et de saccager l'Afrique, d’autres la voient d’un mauvais œil, notamment certains islamophobes qui n’hésitent pas à jeter de l’huile sur le feu en parlant d’aveu d’impuissance de la France face aux organisations terroristes. Personnellement, j’y vois plutôt un retour de manivelle des propos prononcés à Dakar par un certain Nicolas Sarkozy.

Quoi qu’il en soit la course qui brasse un budget d’environ 30 millions d’euros et engage, par le biais de son association humanitaire Dakar action Afrique, environ 100000 euros a du sable dans les cardans pour cette année et, peut-être, pour longtemps.

Reste à savoir s’il n’aurait pas mieux valu que ce soit la conscience des organisateurs, des compétiteurs et du télépublic qui stoppe cette machine infernale plutôt qu’une menace terroriste.

Pour moi la réponse est clairement : oui.

  • Crédit photographique : © REUTERS / Finbarr O'Reilly, image empruntée sans intention malveillante, ni mercantile.

19.08.2007

Sportifs, je vous aime moi non plus


Karel NovyLe sport et les sportifs : un sujet qui déchaîne des passions.
Tous des dopés. L’idéal olympique ? De la foutaise.
Pognon, pouvoir et compagnie.
C’est possible. Il y a du vrai, mais il y a aussi du faux et il y a au moins un sportif qui n’est pas de ce bois-là.
À l’heure où beaucoup crachent sur la Grande Boucle à cause des histoires que l’on sait, après s’être prosternés devant le succès suisse et financier (?) d’Alinghi dans la Coupe de l’America – au fait, ils subissent des contrôles anti-dopage ceux-là –, je vous ressors des entrailles de mon ordinateur une interview d’un nageur de l’équipe suisse: Karel Novy.

Je le connais bien pour des raisons professionnelles, il parle de politique, de sport et de dopage. Dans sa carrière qui commence à être assez longue, il a effacé des tabelles de record des Volery, Halsall. Même si l’interview date de 2000, je vous la livre ici, elle a encore toute sa valeur.

Karel Novy, nageur veveysan d’origine tchèque de 19 ans, est entré « top ten » mondial de la discipline reine qu’est le 100 m libre. Après avoir effacé Stéphane Volery des tables de records, il est l’une des cartes maîtresses de l’équipe suisse de natation qui se rendra aux JO de Sydney. Ce grand gaillard, simple, engageant et ouvert répond à nos questions au bord du bassin de la piscine de Vevey où ont eu lieu, début août, les Championnats suisses d’été(2000). Il n’y a pas si longtemps vous étiez encore tchèque. Vous voilà maintenant naturalisé. La natation a-t-elle été pour vous un facteur d’intégration ?

Oui, la natation a été un facteur d’intégration pour moi. J’ai été naturalisé en 1997 pour représenter la Suisse en 1998 aux Championnats d’Europe juniors. C’était intéressant pour la Suisse d’avoir un bon nageur. J’y ai obtenu une médaille d’argent. Mais je sais que d’autres jeunes ont plus de problèmes que moi à obtenir leur passeport rouge à croix blanche. En fait je ne me suis jamais posé la question de mon intégration. Je me sens suisse et les autres aussi.

On va voter le 24 septembre sur une initiative limitant le nombre d’étrangers à 18 %. Avec un tel article de loi, la Suisse aurait peut-être dû se passer de vos services ...
C’est une loi stupide. Les étrangers peuvent apporter beaucoup à un pays, que ce soit avec leur cerveau ou leurs muscles … De toute façon, la Suisse est composée à la base d’étrangers. Je suis pour le métissage et le mélange des populations. Même si le sport excite parfois le nationalisme, il ne faut pas oublier que souvent les équipes nationales sont très métissées. Par exemple, l’équipe suisse de natation est composée à 70% de nageurs ayant des origines étrangères. Alors le nationalisme …

Le Département de la défense, de la protection des populations et des sports, dirigé par Adolf Ogi, entend promouvoir, grâce au sport, la volonté de performance, la loyauté et l'intégration sociale. En tant que sportif de haut niveau, comment comprenez-vous ces intentions ?
Le sport est une bonne école de vie, car on apprend à se fixer des objectifs et à travailler pour les atteindre. S’entraîner entre 22 et 25 heures et nager plus de 50 kilomètres par semaine développe la volonté. Mais je ne suis pas sûr que le sport soit le seul moyen d’arriver à cela. Et je suis conscient que ce n’est pas donné à tout le monde d’être aussi dur avec soi-même.

Vous avez fait un apprentissage de laborant doublé d’une maturité professionnelle technique. Avez-vous bénéficié de facilités ?
Pas vraiment, j’ai eu de la chance d’avoir un patron qui aimait le sport et qui me donnait quelques jours de vacances de plus pour pouvoir participer à des compétitions. Mon apprentissage n’a pas toujours été facile, j’ai eu des problèmes de récupération. En se levant à cinq heures du matin pour aller s’entraîner avant une journée d’école ou de travail, on n’a plus le temps de dormir. Si j’avais pu répartir ma formation professionnelle sur une plus longue période cela aurait été préférable.

Vous allez partir l’an prochain poursuivre des études aux USA. Pourquoi est-ce que cela sera plus facile là-bas ?
A partir d’un certain niveau, les universités américaines nous offrent des bourses de quatre ans permettant de se loger, d’étudier et de s’entraîner dans de bonnes conditions. Elles mettent à disposition des entraîneurs et des structures que même l’équipe suisse ne peut offrir. Leur motivation : le championnat universitaire, très important aux USA. Un bon classement est synonyme de bonne réputation pour ces universités essentiellement privées. Elles se livrent une concurrence acharnée. C’est une forme de capitalisme … En Suisse, c’est pratiquement impossible de nager à mon niveau et d’étudier en même temps, sauf en redoublant chaque année. Mais mes parents n’en auraient pas les moyens.

Vous sentez-vous reconnu en Suisse ?
Pas vraiment, on a toutes les peines à trouver des sponsors en dehors des particuliers qui aiment le sport. C’est du mécénat et ce ne sont pas de grosses sommes. Il me semble qu’en Suisse l’art est mieux reconnu que le sport. Pour les suisses, le sport reste un loisir, il n’est pas reconnu comme une profession à part entière.

Depuis quelques jours, le CIO a homologué un test de dépistage de l’EPO.
Ce test ne permet que de détecter si le sportif a pris de l’EPO dans les trois jours précédents … Je ne pense pas qu’ils soient assez bêtes pour continuer à en prendre pendant ces trois jours !! Pour ma part je suis favorable à la multiplication des tests en tout genre afin de rendre le sport le plus propre possible. Plus on en attrape, mieux c’est ! C’est une question de crédibilité, la performance doit être humaine et pas chimique.

Estimez-vous que ce test permettra de « garantir » des performances humaines et non pas chimiques?
Non, il faut faire des tests inopinés tout le temps. En effet, la plupart des sportifs se dopent surtout pour résister à la charge de travail due à l’entraînement. C’est à ce moment qu’il faut pratiquer les tests. De toute façon, il n’existe pas de test pour l’hormone de croissance par exemple et les dopés auront toujours une longueur d’avance … Au-delà des plaisanteries que l’on me fait sur mon métier (laborant en chimie) en relation avec le dopage, je serais intéressé par une reconversion dans le domaine de la lutte anti-dopage! On a un institut très performant à Lausanne.

Vous êtes-vous dopé ou avez-vous été tenté de le faire.
Je n’ai jamais été tenté de le faire et j’ai été « dopé » sous contrôle médical par des injections de cortisone en raison d’une inflammation de l’épaule. On ne m’a d’ailleurs jamais rien proposé et de toute façon j’aurais refusé.

Il a fallu que plusieurs suisses atteignent un niveau mondial pour que les médias s’intéressent à la natation. Est-ce que cet intérêt soudain a modifié votre vision du sport ?
Non. Les médias s’intéressent à moi et à la natation en général depuis les Championnats d'Europe de Lisbonne en 1999 (médaille de bronze). Avant c’était le calme plat. Je trouve cela un peu « faux-cul ». Par contre j’aime le contact avec les journalistes, c’est la plupart du temps sympa et j’aime bien que l’on me demande mon avis !

Le programme du Parti suisse du travail prévoit la promotion du sport amateur et sa soustraction au monde du fric et du dopage. Comment pensez-vous que cela soit réalisable ?
Cela me paraît impossible. A partir d’un certain niveau il y a trop d’argent en jeu. Il y a des grosses entreprises, des droits, des enjeux publicitaires… Tout cela est trop imbriqué. Quant à moi, tout ce que je demande, c’est de pouvoir simplement vivre normalement de mon sport.

16.07.2007

Vélo écolo


Juan Flecha, Rabobank, prologue de Londres 2007Ben oui, j’aime le vélo … en fait et pour être honnête, j’aime surtout le regarder à la télévision ! Et cela réserve parfois d’heureuses surprises. C’est ainsi que j’ai appris avant-hier, en écoutant les commentaires de l’ancien champion français Laurent Jalabert que le vélo, ou du moins la Grande Boucle, allait peut-être se mettre à l’écologie.

Comment ? Tout simplement en calquant son règlement sur celui de certaines épreuves de triathlon qui prévoit d’infliger des pénalités en temps au concurrent ou à la concurrente qui aura abandonné ses déchets en dehors des zones prévues à cet effet.

C’est le cas par exemple du gigathlon suisse dont le règlement précise ceci :

Les participants doivent respecter l’environnement. Les déchets de ravitaillement peuvent être jetés uniquement dans la zone de ravitaillement, qui se termine 200 m après chaque poste de ravitaillement. Il faut ensuite les emporter jusqu’à la prochaine zone de ravitaillement ou les éliminer dans des poubelles. Le non-respect de ces règles en matière de déchets sera sanctionné par une pénalité de temps supplémentaire.

Pour ce qui concerne les 24 heures de Sébazac, près de Rodez dans l'Aveyron, la menace est encore plus terrible :
Tout participant qui jettera des déchets sur le parcours sera mis hors course.

Excellente idée, il ne reste plus qu’à faire en sorte que les spectateurs fassent aussi leur ménage en quittant la route de leur col préféré et que la caravane publicitaire distribue un peu moins de gadgets inutiles. Mais ça, c'est plus difficile.