04.07.2008
À cœur joie !
Il ne manquait plus que ça.
Alors que l’école est tiraillée entre les «néopédalogogistes» - qui ne jurent que par les apprentissages centrés sur l’apprenant et qui glorifient le statut de l’erreur - et les «rétropédalogogistes» - qui ne jurent que par les savoirs et les notes - , certains partis politiques particulièrement compétents en matière d’éducation – UDC et MCG – veulent (ré)introduire l’hymne national à l’école !
Brillante idée qui devrait séduire les enseignants qui adorent faire apprendre par cœur et faire répéter à l’infini les mêmes mots afin qu’ils restent définitivement gravés dans les tendres cerveaux qu’ils ont pour mission de façonner.
Répétez après moi, tous en choeur !
Sur nos monts, quand le soleil
Annonce un brillant réveil,
Et prédit d'un plus beau jour le retour.
Les beautés de la patrie
Parlent à l'âme attendrie;
(...)
Kevin, bon Dieu ! Âme attendrie, pas arme attendrie.
On recommence, répétez après moi, tous en choeur !
Et ça continue, ça dure, ça perdure, ça s’éternise comme ça, jusqu’à ce que les cerveaux les moins poreux et les plus réfractaires se soumettent.
Ça continue comme ça jusqu’à ce que les «apprenants» les plus rétifs veuillent bien consentir à se laisser graver – pour l’éternité - dans la mémoire 7 fois Dieu, 5 fois pieux et 5 fois cieux.
Et moi qui croyais qu’en Suisse l’école était laïque …
Mais peu importe les paroles, car comme le dit Alain Morisod – encore un spécialiste de l’éducation - «Tant que les enfants chantent, ça ne peut pas faire de mal.»
Me voilà rassuré : à en croire notre star nationale, on peut tout aussi bien leur faire apprendre «L’Internationale» … du moment qu’ils chantent, hein ?
Bon, c'est pas le tout, faut que je vous laisse, c’est l’heure de mon cours de chant.
- Crédit image : photographie PhotosNormandie sous licence Creative Commons.
12:28 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : école, hymne, laïc, nationalisme, patriotisme, religion
02.04.2008
Je ne veux pas devenir un indic de la brigade des stups
Pourtant c’est bien l’avenir que me réserve le député Haury avec son idée géniale – piquée au président de l’UDC valaisanne Raphaël Filliez – de confier une nouvelle mission à l’école : traquer les consommateurs de haschisch en les soumettant à des tests d’urine ou de salive.
S’il est parfaitement exact que la consommation de substances psychotropes présente des risques du point de vue de la santé et de la vie en société, il est aussi vrai que la chasse au fumeur de chichon proposée par le député écololibéré aura des conséquences sur les relations qu’entretiennent les enseignants et leurs élèves.
Pendant que certains pédagogistes, plus ou moins illuminés, veulent faire de l’enseignant une sorte de couteau suisse capable d'instiller, en plus des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être (?) et des compétences, le député Haury veut transformer les enseignants en indicateurs de la brigade des stupéfiants. En un mot comme en cent, le maître d’école – ce fainéant qui est plus souvent en vacances qu’au travail – doit endosser tous les costumes que les uns et les autres rêvent, et parfois réussissent, à lui faire endosser : du flic au psychiatre en passant par le papa ou la maman, le gentil organisateur, l’animateur, le médiateur et j’en passe.
Dans ces conditions, comment voulez-vous que les élèves s’y retrouvent ? Comment voulez-vous qu’ils sachent à qui ils s’adressent ? Comment voulez-vous qu’ils aient la moindre confiance et le moindre respect pour cette espèce de girouette qui change de costume et de casquette à tout bout de champ ? Comment voulez-vous que nous autres enseignants puissions faire notre travail avec crédibilité si vous nous imposez en permanence votre numéro de transformiste digne d’Arturo Brachetti.
Après ce mouvement d’humeur, je préfère m’en remettre à l’excellent Jean Martin, ancien médecin cantonal, et à mon billet consacré à la proposition du valaisan chasseur d’adeptes de la fumette.
Mais, avant de quitter mon clavier j’aimerais, Monsieur Haury, vous poser une petite question qui me turlupine : si un de vos jeunes patients, écolier, vient à votre consultation avec les yeux du fumeur de beuh, que faites-vous ? Une petite prise de salive ou d’urine et un coup de fil la brigade des stups ?
- Crédit image : photographie de RoOobie sous licence Creative Commons.
20:32 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : école, cannabis, dépistage, drogue, haury, sang, urine



