14.10.2009
Dans la peau d’un con
Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais de mon côté, plus le temps passe, plus j’ai le sentiment que l’on me prend pour un con.
C’est en tout cas ce qui me vient à l’esprit, ce jour alors que je tombe sur deux dépêches. La première nous vient des Etats-Unis : «Les salaires des banquiers frisent à nouveau des records». On y apprend que les rémunérations de ceux qui font travailler l’argent tout seul vont dépasser celles de 2007 pour atteindre 130 milliards de dollars, en progression de 20% par rapport à l’an passé. C’était ce matin sur le coup de 8h00.
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05.08.2009
Bling bling : please shut up !
Dans un somptueux bureau de la banque d’investissement américaine Goldman Sachs.
Dépenser mon pognon avec discrétion ! Merde alors ! De quoi y s’mêle, Lloyd Blankfein avec ses déclarations ! Franchement… À quoi ça sert d’gagner du pognon, si c’est pour dépenser avec discrétion ?
(…)
Pi d’abord, comment j’vais faire pour dépenser mes millions avec discrétion ? C’est pas possible ! Une galette, ça se remarque, c’est pas discret !
Ou alors…
12:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : argent, banque, bénéfice, bling bling, capital, discrétion, goldman-sachs
01.03.2009
La crise : une chance pour un nouveau départ
Atterré par la vacuité du discours prononcé par le Président Hans-Rudolf Merz à l'occasion de la Journée des malades de ce jour, une rapide enquête m'a permis d'établir que ce discours est en fait un pur plagiat de celui que prononcera le futur Conseiller fédéral Hans-Ruedi Herz à l'occasion de la Journée du secret bancaire le 6 décembre prochain.
Chères concitoyennes, Chers concitoyens,
Il y a 75 ans, le Parlement fédéral instituait le Secret bancaire. Il a choisi à cet effet le premier dimanche de décembre pour symboliser l'imminence de l’hiver. Par cette initiative, il a voulu sensibiliser l'opinion à la cause des malades de l’argent. Cette journée qu’il leur dédiait devait avoir l'effet avertisseur d'un coup de tonnerre porteur de désespoir, qui n’aide en aucun cas à vaincre la convoitise.
13:51 Publié dans Un peu d'h. dans ce m. de b. | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : argent, banque, crise, journée, malades, maladie, merz
05.11.2008
Krach ou pas Krach ?
Alexandre Delaigue est un économiste qui enseigne à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr et qui a co-édité le livre Sexe, drogue... et économie. C’est surtout un économiste qui fait de réels efforts pédagogiques pour expliquer de manière compréhensible les subtilités de l’économie. C’est aussi un économiste qui me semble détonner avec l’air du temps et les affirmations de certains selon lesquelles il suffirait de quelques corrections magistrales à des personnalités - déchues - de la grande finance pour que tout aille mieux.
C’est enfin un économiste qui s’est exprimé de manière très claire dans La Liberté du 3 novembre dernier, tout comme il s’exprime simplement sur son blogue éconoclaste - L’économie pour les nuls et les autres.
Il n’est pas vraiment de gauche, c’est le moins que l’on puisse dire, mais il a des choses très intéressantes à dire. Voici quelques points forts de son interview.
Pour commencer, l’enseignant de Saint-Cyr relève que la presse s’est largement fourvoyée dans le traitement de l’actualité économico-financière de ces dernier mois : les jours de krach et de déprime se succédaient avec les jours d’envolées boursières et d’euphorie : les responsables, selon lui, la télévision et la radio qui présentent les informations boursières comme un «bulletin météo».
Par ailleurs, il relève que les milliards partis en fumée n’ont pas disparu contrairement à ce qu’affirme la presse. Pour illustrer sa position, Alexandre Delaigue s’aventure dans l’analogie suivante :
Si je vous vends 100 francs un vélo et que vous le passez sous un rouleau compresseur dans un mois. Il est parti en fumée. Les 100 francs, eux, sont toujours là, mais c’est moi qui les ai. Si quelqu’un récupère la carcasse et vous en donne 10 francs, vous avez perdu un vélo et récupéré 10 francs. Si celui qui récupère la carcasse la transforme en lampe et la revend 90 francs, il gagne 80 francs et quelqu’un a une lampe. Les 100 francs, je les ai toujours et la lampe existe. Dans cette histoire, je ne vois qu’un perdant: vous. Vous aviez 100 francs et vous n’en avez plus que 10. Aucun billet de banque n’a été brûlé ou maltraité dans cette petite histoire. L’argent n’a été que transféré.
Pour lui, la question essentielle est donc de savoir que deviendront les actifs réels cachés derrière les cours de la bourse et leur volatilité. Les sources de la crise sont plus dans la politique du crédit que dans les fluctuations parfois épidermiques du cours des actions.
Il pointe aussi du doigt le spread, c’est-à-dire la différence du taux de crédit entre l’emprunt et le prêt.
Il relève également que la presse et les politiques utilisent souvent une terminologie inappropriée ou de surface - récession, krach, rekrach – ou alors des propos rassurants ou, au contraire, pouvant créer la panique. À titre d’exemple, il affirme qui si Sarkozy ou Bush affirment que l’économie va tenir, c’est pour rassurer et éviter l’effondrement, alors qu’à l’opposé certaines entreprises licencient en prévision d’une récession qu’ils contribuent à déclencher.
Pour Delaigue, il faut «éviter l’emballement, cesser de jouer avec les courbes de la bourse et se chamailler sur qui a vu venir la crise en premier». De toute façon personne n’a vu arriver ce qui arrive : certains se sont trompés de secteur économique et ceux qui ont flairé que la bulle immobilière exploserait ont pensé que cela n’aurait aucune conséquence.
Alexandre Delaigue termine en expliquant comment, selon lui, corriger le tir : avec des réglementations prudentielles, des exigences en capital fortes qui rendraient les acteurs économiques plus fiables et des structures bancaires plus petites permettant d’éviter l’obligation de tout faire pour empêcher une grosse structure de tomber.
Selon lui, «Les grandes banques comme UBS sont des nids potentiels à problèmes.»
13:32 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : banque, crise, delaigue, krach, politicien, presse, ubs
29.10.2008
Leçon de finance
Depuis un certain 11 septembre 2001, les islamophobes ne cessent de se lâcher. Le blogue d’Alliance Sud accueille ces jours un des représentants – anonyme – de ces tristes oiseaux qui nourrissent leur haine sur des sites identitaires français tels que celui des Français de souche et qui résume sa position par cette citation «On refuse juste, mais alors catégoriquement, de se pousser pour faire de la place à des intrus, ainsi qu'à leurs cultures, mœurs, habitudes, coutumes, pratiques, croyances, manières, agissements... […] Et on ne croit absolument pas qu'avoir des voisins qui bouffent de la semoule et du mouton qui pue avec les doigts, en écoutant grincer Oum Kalsoum ou Tahar Mustapha, constitue un enrichissement de quelque nature que ce soit.»
Ces marchands de haine sont, au niveau politique, récupérés et encouragés par des politiciens et des partis politiques d’extrême droite au rang desquels on retrouve le conseiller national UDC Oskar Freysinger dont la section valaisanne est à l’origine de l’affiche ci-contre et de l’initiative anti-minarets. Des populistes qui, histoire de séduire leur électorat par la peur, font croire au bon peuple que tous les problèmes de société sont dus «à l’autre» et que, dans quelques années, la Suisse comptera plus de Musulmans que d’habitants. De grosses ficelles, qui, hélas, fonctionnent très bien.
Il y a quelque temps, le politicien valaisan stratégiquement hostile à la charia s’est fait mousser médiatiquement en glapissant comme un goret que l’on égorge – ce qui est peu de circonstance – lorsqu’il a appris que les banques suisses allaient investir en masse dans la finance islamique. C’était à mi-septembre, environ un mois avant le krach de 2008. À la mi-octobre, après le krach, on apprenait presque simultanément que les grandes banques suisses financent les partis suisses de droite - dont l’UDC à hauteur de 500'000 francs – et que le Crédit Suisse allait être recapitalisé par une levée de 10 milliards de francs suisses auprès de trois fonds du Moyen-Orient actionnaires du groupe : la Qatar Holding LLC, la société israélienne Koor Industries et le fonds saoudien Olayan.
On relèvera avec étonnement - voire amusement - que, tout à coup, halakha et charia parviennent à se côtoyer, que des capitaux de pays soumis à la loi islamique atterrissent dans le Crédit Suisse et surtout que le pourfendeur d’islam se la coince.
Dame, il ne faudrait pas mettre en péril les étrennes qui approchent !
Mais en fait, le sujet central de mon propos est ailleurs. En gambadant sur le web, je suis tombé sur cet article qui relate la création d’un diplôme d'université de finance islamique par l'Ecole de management de Strasbourg. De cet article, je retiens surtout que :
L'économie islamique interdit la titrisation. C'est d'abord une économie monétaire et de marché adossée sur des actifs réels.
Bon sang ! La charia interdit de faire le commerce des créances et interdit que le marché soit basé sur des valeurs fictives ! On croit rêver !
Je ne suis pas croyant, je n’ai pas plus de sympathie pour le Coran que pour la Bible ou la Torah, mais je dois bien reconnaître qu’avec ces quelques règles simples on ne serait pas dans la panade dans laquelle les golden boys et les adeptes du Monopoly financier planétaire nous ont fichus.
M’est avis que les grandes banques suisses feraient bien d’envoyer immédiatement leurs cadres suivre un cours de formation continue à Strasbourg. Quitte à retenir le montant des finances de cours sur les étrennes de l'UDC.
Quant à Oskar, et aux autres lascars du même acabit, plutôt que de dire aux autres avec quel organe ils doivent penser, il serait temps de retirer le vôtre de votre fondement pour voir un peu plus loin que le bout de votre minaret.
Un dernier mot à ceux qui ne supportent pas l’odeur du mouton : préférez-vous l’odeur du désespoir des victimes de la récession réelle qui découlera du krach de l’économie virtuelle que la charia a l’intelligence d’interdire ?
20:55 Publié dans Ça m’énerve ! | Lien permanent | Commentaires (27) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : banque, charia, economie, finance, islamophobie, krach, udc
16.10.2008
En toute confiance
Jusqu’à aujourd’hui, tous ceux qui causent dans le poste, dans la boîte à image ou dans les journaux et qui comptent ont adopté une assurance rassurante sur l’état du système bancaire suisse. Petit tour d’horizon des propos des uns et des autres.- Rudolf Merz, Conseiller fédéral, dans la TDG du 19 septembre : «Il n'y a aucune raison de venir au secours de l'UBS ou du Credit Suisse.» Selon lui, les grands établissements helvétiques disposent de suffisamment de fonds propres et sont sous la surveillance de la Commission fédérale des banques (CFB).
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- Michel Juvet, stratégiste à la Banque Bordier, sur Swissinfo le 30 septembre : «Si l'on doit injecter de l'argent public, il faudra passer par un processus parlementaire. On l'a déjà vu avec la compagnie aérienne Swiss/Swissair.»
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- Pascal Broulis, Président du Conseil d’Etat Vaudois, au TJ du 30 septembre : «On voit qu’aujourd’hui [l’UBS] est peu concernée, elle a déjà fait ses provisions, elle a fait une recapitalisation aussi. […] L’UBS c’est derrière pour elle.»
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- James Nason, porte-parole de l'Association suisse des banquiers, sur Swissinfo le 8 octobre. «Y a-t-il des signes d'une crise bancaire en Suisse? Nous n'en voyons aucun, souligne-t-il. Ici, les banques sont bien capitalisées, il n'y a pas de comparaison avec l'Allemagne ou les Etats-Unis.»
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- Charles Favre, conseiller national Radical, au TJ du 14 octobre : «La situation est rassurante.»
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- Pierre Mirabaud, président de l’Association suisse de banques, dans le Sonntag du 12 octobre : «Je suis convaincu qu'aucune banque suisse ne va s'écrouler.»
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- Alain Robert, directeur général de l’UBS pour la Suisse, sur la RSR le 13 octobre : «Nos clients ne risquent rien.»
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- Jurg Zeltner, membre du Conseil d’administration d’UBS, sur Swissinfo le 15 octobre : «Nos clients n'ont jamais eu autant besoin de conseils. Cela cautionne notre modèle bancaire.»
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- Béat Kappeler, économiste, dans le Temps du 16 octobre «la Suisse a gagné incroyablement en stature par cette non-intervention. Je ne comprends pas les politiciens qui critiquent cela. Pourquoi appeler les pompiers lorsqu’il n’y a pas d’incendie? Ils sont fous!»
Et boum, jeudi 16 octobre 2008, l’annonce tombe comme un pavé dans la marre de sérénité : «La Confédération décharge l'UBS d'actifs illiquides pour un montant maximal de 60 milliards de dollars. Ces éléments seront transférés dans une société ad hoc, entièrement contrôlée par la Banque nationale suisse (BNS). Ce fond séparé sera financé par l'UBS à hauteur de 6 milliards de dollars et par un prêt octroyé par la BNS de 54 milliards de dollars au maximum, […]»
Comme tout ce pognon sera tôt ou tard payé par les contribuables, ce matin, je me réveille propriétaire d'un sept et demi millionième de 60 milliards de fonds toxiques, soit environ 8000 balles de vent.
Me voilà rassuré …
11:58 Publié dans La vie qui va | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : banque, bns, conseil fédéral, crise, economie, sauvetage, ubs
13.10.2008
De mur à mur
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, il y a donc à peine moins de 20 ans, le Mur de Berlin tombait. C’en était fini de la dictature dans les pays de l’Est, de l’opacité et de la domination soviétique sur la moitié de l’Europe, de l’économie planifiée. En un mot c’était la fin de ce que l’on appelait le «communisme».
C’était le début de la liberté, de la transparence, de la démocratie, le retour de la paix, la réunification et la victoire de l’économie libérale et capitaliste. C’était la fin d’un système inique et l’éclatante victoire d’un autre pétri de justice, le passage d’un régime réputé insoutenable à un autre promettant des lendemains qui chantent.
Le communisme est mort, vive le capitalisme !
Le lundi, noir, 6 octobre 2008, les bourses mondiales s’effondrent et tombent en morceaux, les banques sont au bord de la faillite, les assurances aussi. Mais la domination des marchés financiers, des banques et du capitalisme se poursuit grâce à un autre mur : un mur d’opacité, un écran de fumée qui soustrait aux regards un peu trop critiques les mécanismes qui font que, du jour au lendemain, des milliers de milliards de dollars peuvent s’envoler en fumée.
Un mur sur lequel les espoirs des petits épargnants, des cotisants aux caisses de pensions, des travailleurs des banques et des secteurs qui vont s’écrouler dans la foulée de l’effondrement de la bulle des crédits viendront s’écraser.
Un mur qui continuera à protéger la totale obscurité dans laquelle les mécanismes financiers créent de l’argent fictif dont la pousse se nourrit de l’expansion échevelée de la dette, des intérêts et de la fortune des prêteurs.
Un mur totalement fissuré que les banques centrales vont colmater à grands coups de dollars allègrement puisés dans les caisses des Etats elles-mêmes alimentées par les impôts de ceux dont l’argent ne travaille pas tout seul.
Un mur qui permettra aux chacals de continuer, bien à l’abri, leur poker menteur une fois que les milliards d’argent public auront permis de stabiliser la situation et de compenser leurs actifs pourris.
Il n’y a pas de doute, il y a des murs plus solides que d’autres, surtout lorsqu’ils sont virtuels et qu’ils offrent donc moins de prises. Jusqu’à quand la grande partie de Monopoly, où le but est de ruiner l’adversaire, continuera-t-elle ?
La réponse est simple : jusqu’au jour où ceux qui ne jouent pas au Monopoly auront pris conscience qu’ils peuvent faire quelque chose et qu'ils le feront.
- Crédit image : photo graciepoo sous licence Creative Commons.
10:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : argent, banque, crise, economie, krasch, marchés financiers, monopoly



