21.08.2010
Et si la peine de mort devenait définitivement anticonstitutionnelle ?
On a appris hier qu’un comité s’apprêtait à se saisir de l’outil démocratique de l’initiative populaire pour réintroduire la peine de mort en Suisse. Une peine de mort qui serait réservée aux auteurs de meurtres ou d’assassinats à caractère sexuel. Outre le fait que l’on peut se demander pourquoi les initiants se limitent aux crimes sexuels, force est de reconnaître que l’entrée dans la Constitution d’une telle mesure contreviendrait à plusieurs accords internationaux dont la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).
Cet antagonisme entre des initiatives populaires et les textes internationaux a tendance à devenir de plus en plus fréquent. Des contradictions qui se multiplient et qui constituent l’un des effets pervers de la démocratie directe. Citons au hasard la demande de la Marche blanche qui désirait que l’imprescriptibilité des délits pédophiles soit accompagnée d’un effet rétroactif, l’initiative dite du renvoi des criminels étrangers et celle visant l’interdiction de la construction de minarets sur territoire helvétique.
Toutes ces initiatives sont plus que douteuses du point de vue des droits de l’homme et le malheur veut que ce soit le Parlement qui statue sur leur validité en se basant sur le droit intérieur et sur les accords internationaux. Le problème est que, dans le cas présent, le droit international laisserait une marge d’interprétation à propos de la peine de mort. C’est du moins ce que nous apprend aujourd’hui Alexandre Flückiger, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Genève, interviewé par Le Matin dans un excellent article de Muriel Jarp.
20:19 Publié dans Droits Humains | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : exécution, initiative, mort, peine de mort, suisse
12.05.2009
Soleil orange
Alors que le ministre de la santé Pascal Couchepin nous entonne le refrain du principe du « pollueur-payeur » appliqué à la santé avec son « ticket modérateur » à 30 balles (on se réjouit d’avance du ticket de rationnement), le médiatissime président du PDC, Christophe Darbellay, envisage dans le dédale de ses circonvolutions cérébrales une variante du soleil vert.
Pour Darbellay, Soleil vert n’est plus tout à fait qu’un film et, du coup, il en est venu à se questionner sur le coût de la mort : « Faut-il débourser 50'000 fr. pour traiter un cancer lorsqu’il n’y a plus d’espoir ou vaut-il mieux développer les soins palliatifs pour alléger les souffrances de la personne concernée ? ». Le démocrate-chrétien avouait le lendemain qu’il n’aimerait pas répondre à cette question si cela concernait un proche, mais cela ne l’empêche pas cependant de se poser la question pour les autres et surtout dans un contexte très précis : dans celui de la réduction des coûts de la santé.
07:25 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : coût, darbellay, mort, soins palliatifs, solidarité, vie
17.06.2008
Supprimer l’inutile
Je me suis toujours demandé pourquoi l’armée suisse existe. Je me suis toujours demandé pourquoi un pays neutre, en plein milieu de l’Europe devait continuer à entretenir une armée qui coûte cher, qui pollue et qui rend ce que vous savez.
Ma modeste expérience militaire – si, si, j’en ai une, pas glorieuse, mais une quand même - ne m’a évidemment pas permis de répondre à cette question.
J’en ai déduit que l’armée suisse avait pour seul but d’assouvir les fantasmes des nostalgiques du réduit national qui croient encore pouvoir maintenir militairement l’indépendance de la Suisse et je me suis résigné – avec joie – à signer les initiatives du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA).
Mais aujourd’hui, j’avoue que les mélancoliques de la «mob» et de la sacro-sainte armée de milice ne me font plus rire du tout. Les zigotos qui croient que l’armée est un jeu me répugnent. Cela ne date pas d’aujourd’hui, mais cela prend actuellement des proportions insoutenables.
Certes le capitaine Machin, qui a cru intelligent de «renforcer l’esprit d’équipe de ses subordonnés» par des exercices dangereux, est un imbécile. Certes il a tué par négligence, par bêtise ou par fanatisme cinq de ses hommes, certes il a plongé dans l’horreur du deuil plusieurs dizaines, voire centaines, de personnes.
Mais ce qui m’énerve le plus, c’est que le chef de l'armée Roland Nef se contente de déclarer qu’il va interdire les «exercices sans lien direct avec la mission». Ce que Le Matin traduit très finement par ce titre édifiant : «Le chef de l’armée va interdire les exercices militaires inutiles».
Tout cela signifie que la grande muette s’adonne à des exercices qui ne servent à rien, sauf à blesser ou tuer quelques astreints au service pas forcément consentants. Cela signifie que les allumés du Swiss Army Group – dont le site Internet est actuellement en rade - , un groupe privé «sportivo-militaire» affilié à l’association zurichoise des sous-officiers, jouent aux Rambo avec la bénédiction de la hiérarchie militaire qui lui donne l’autorisation de faire mumuse en uniforme et avec le matériel de l’armée.
Bref, dans l’armée suisse qui n’a jamais eu pour seul ennemi qu’elle même, il s’en trouve quelques-uns qui s’amusent à se faire peur et d’autres qui les y encouragent. Et lorsque la fiction rejoint la réalité et que la peur débouche sur l’horreur, le chef de l’armée le promet, la main sur le coeur : «Le risque doit être limité à un minimum absolu».
Allez commandant de corps Nef, encore un petit effort : limitez les risques à un minimum absolu, interdisez tous les exercices de l’armée et, comme moi, signez les initiatives du GSsA. C’est ainsi que vous «supprimerez l’inutile» et que l’on pourra commencer à dormir tranquille.
08:47 Publié dans Ça m’énerve ! | Lien permanent | Commentaires (55) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : armée, danger, gssa, mort, risque, swiss army group



