30.11.2008

Compte dessus et bois de l’eau claire

Conférence de presse du conseil d'Etat vaudoisVoilà un peu le sentiment qui m’anime ce soir après avoir entendu la conférence de presse que le Conseil d’Etat a consacrée à la votation populaire sur le nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive. Un projet refusé par 52,4 % des votants.

Un étrange sentiment que le péril bétonné, semi-privatisé, mal implanté, pas intégré n’a pas dit son dernier mot. L’ombre plane … et pourrait bien refaire surface là où on s’y attend le moins, c’est-à-dire là où il a coulé : à Bellerive.

C’est en tout cas ce qui se dégage des propos de la Ministre de la Culture Anne-Catherine Lyon qui a affirmé que le Conseil d’Etat allait remettre l’ouvrage sur le métier en y travaillant d’arrache-pied et qu’aucune solution n’était à écarter, y compris au bord du lac à Bellerive !

Son argument massue : les communes des bords du Léman ont été celles qui ont le plus accepté - plutôt le moins refusé - le projet gouvernemental. Le slogan «pas au bord du lac» est donc caduc. Une étrange argumentation quand on sait que les lausannois, parmi les principaux intéressés, ont refusé le bunker – malgré un appui massif de leur Municipalité – et que les électeurs des bords des lacs de Joux et de Neuchâtel ont boudé le projet.

Lac pour lac …

On voudrait nous préparer à accepter un projet «blanc bonnet, bonnet blanc» dans un futur proche que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Soyons clairs, personnellement, je ne considère pas comme une grande victoire le fait d’avoir contribué à torpiller l'entreprise mal née de musée de beaux-arts AU bord du lac, même si c’est face à la mobilisation massive de tout ce qui compte dans le canton.

Par contre, j’ose espérer que cela fera un peu réfléchir le Conseil d’Etat et la Municipalité de Lausanne pour qui cette votation populaire n’a l’air d’être qu’une petite anicroche sur le chemin de sa volonté triomphante.

Une volonté triomphante soulignée par la Municipale Silvia Zamora qui affirme haut et fort que l’avenir de la place de la Riponne et du Romandie est déjà scellé par ses soins : ce sera le nouveau haut lieu culturel de la jeunesse. Voilà une manière un peu cavalière de bétonner (!) un avenir que les Vaudois et les Lausannois veulent, comme semble le montrer leur vote, un peu différent de ce qui leur est proposé.

S’il est vrai que le «non» est vraisemblablement le résultat d'une addition d’opinions différentes, il est au moins aussi vrai que le «oui» est probablement le résultat d’une conjonction d’avis disparates allant des acteurs de la culture à ceux de l’économie en passant par l’écrasante majorité des politiques. Avec une telle armada, un petit «non» devrait quand même faire grandement réfléchir et inciter le gouvernement à songer à une alternative un peu plus crédible qu’un «Bellerive bis».

Pour terminer ce billet, je ne saurais résister au plaisir de rapporter, en substance, les propos du Conseiller d'Etat François Marthaler, l’un des nombreux papas du m2, qui a trouvé le moyen de se remonter le moral en affirmant que Bellerive est devenu le centre ville de Lausanne grâce au métro automatique qui emmène plus de passagers vers le lac que vers le CHUV. Comme si ces passagers, une fois arrivés au bord du lac, ne rebroussaient jamais chemin et finissaient, engloutis à jamais, au fond du lac, comme le fantasmatique musée des beaux-arts À Bellerive.

02.11.2008

nMBA : image politiquement incorrecte

Musée du mur de l'AtlantiqueJ'avoue que je n'ai pas digéré les propos du plasticien Robert Ireland qui a affirmé à propos de ceux qui ont le malheur de penser que le nouveau Musée des beaux-arts n'a pas sa place à Bellerive mais à Rumine qu'ils étaient, somme toute, les descendants de Baldur von Schirach - Reichsleiter, chargé de l’éducation de la jeunesse de l'Allemagne nazie - qui a affirmé «Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver.»

Comme un prêté vaut bien un rendu, je lui dédie cette photo du musée ... du Mur de l'Atlantique, juste histoire de montrer que le béton vieillit mal, comme les références historiques déplacées.

23.08.2008

Musée des beaux-arts : coup de grâce présidentiel

Pas au bord du lacSi certains pays connaissent la «grâce présidentielle», c’est-à-dire un pouvoir conféré au président de certains états d’annuler ou d’alléger une peine. Depuis hier, le canton de Vaud vient peut-être d’être le théâtre du premier «coup de grâce présidentiel».

C’est en tout cas l’impression que donnent les propos du radical Pascal Broulis, président du Conseil d’Etat, lorsqu’il se confie aux journalistes Jérôme Cachin et Michaël Rodriguez à propos du futur (?) nouveau Musée des beaux-arts (nMBA) de Bellerive. Le conseiller d’Etat estime que le projet architectural s’apparente à un «acte manqué» et considère que les partisans du projet ne devraient pas trop insister sur sa localisation «au bord du lac» du musée.

Autrement dit, ni le contenant, ni l'emplacement ne conviennent. Dans ces conditions que reste-t-il au projet de nMBA à Bellerive ?

La réponse présidentielle est claire : ce sera un fantastique outil de promotion économique. Un outil de promotion économique ?

Et moi qui croyais que l’on parlait d’art et de culture.

Pour la petite histoire, rappelons que, selon le Vulgaris médical, un acte manqué est «un acte d'apparence illogique, traduisant un désir inconscient, refoulé, exprimé de façon involontaire (par exemple le lapsus). C’est en quelque sorte la révélation involontaire de ce que le sujet ne peut pas exprimer consciemment.» L’encyclopédie ajoute plus loin : «L'acte manqué traduit un ou des échecs, des ratés du comportement qui sont susceptibles de révéler un conflit inconscient.»

Tout un programme en somme.

Le missile envoyé par Pascal Broulis n’a pas l’air, lui, d’être un acte manqué et, surtout, tombe à pic ou très mal, c'est selon, après les déclarations Pierre Keller, un autre radical, qui avouait le 30 juillet dernier à Michaël Rodriguez : «Je suis pour ce projet de musée - comme directeur d’une école d’art, je ne peux pas être contre. Mais je n’ai jamais caché que je n’étais pas totalement pour cette architecture. Le projet a été mal emmanché par l’architecte cantonal et la cheffe des affaires culturelles.»
Il termine sa confession en ajoutant «La mobilisation en faveur du musée est trop pâle et à être trop pâle, on risque de pâtir au verdict. Ce serait vraiment dommage, parce qu’on mérite un musée.»

Quant à Pascal Broulis, il affirme que «Si c’est non, le gouvernement reproposera un nouveau projet.»

Bilan de l’été radical, ou du moins du président du Conseil d’Etat et du directeur de l’Ecole cantonal d’art de Lausanne, en ce qui concerne l’objet nMBA : une architecture pas terrible, une localisation à n’évoquer qu’à mi-voix, un enthousiasme mitigé autour du projet, l’existence d’un plan B et la seule véritable nécessité : un musée.

C’est à se demander s’il ne faudrait pas inviter ces deux-là à faire partie du comité référendaire «Pas au bord du lac» et à leur proposer de rejoindre le Collectif pour un «Grand Rumine» !

28.06.2008

Le nMBA est gros comme …

La Poste av. d'OuchyC’est avec une certaine violence que les partisans du nouveau Musée cantonal des beaux-arts au bord du lac ont accueilli le visuel que l’on retrouve sur les feuilles de signatures du référendum : représentation mensongère, exagération, malhonnêteté intellectuelle, j’en passe et des meilleures. Et pourtant, nous n’avons fait que recouvrir virtuellement les gabarits qui ont été réellement posés sur le site.

Mais soit, prenons note et faisons mieux. Nous avons donc essayé de trouver, à Lausanne, un bâtiment existant ayant des dimensions similaires – je dis bien similaires – à celles du projet de nMBA à Bellerive.

Et nous avons trouvé … le bâtiment de la Poste à l’avenue de la Gare.

Si vous ne l’avez pas bien dans l’œil et que la photo ci-contre ne suffit pas à vous rafraîchir la rétine, allez le voir de près et vous comprendrez vite qu’il est urgent de signer le référendum.

Pour les amateurs de chiffres, voici quelques précisions.

Projet de musée à Bellerive-Lausanne

Diagonale perpendiculaire à la rive du lac : 95 m
Diagonale parallèle à la rive : 52 m
Façade face au lac : 22 m

Longueur des 5 autres façades : 62 m / 43 m / 27 m / 21 m / 59 m

Longueur totale bâtiment + socle : 138 m

Débordement sur le lac : 12 m

Hauteur du socle : 6.5 m
Hauteur en-dessus du socle : 24 m
Hauteur depuis terrain naturel actuel: 30.5 m
Hauteur totale depuis la surface moyenne lac : 31.7 m

Poste de la Gare de Lausanne, avenue d’Ouchy 4-6 (à titre de comparaison)

Plus grande diagonale : 98 m
Longueur façade : 96.8 m
Façade face aux voies CFF : 15.5 m

Hauteur du socle depuis le 2e sous-sol : 6.5 m
Hauteur depuis la terrasse -> corniche attique : 24.1 m
Hauteur totale depuis le 2e sous-sol : 30.6 m
Hauteur depuis les rails CFF : 31.8 m

22.06.2008

La multiplication des toiles

La Plage à Vidy (Félix Vallotton)On connaissait la très religieuse multiplication des pains qui, selon l’Evangile, aurait eu lieu au bord du lac de Tabgha.
Cette multiplication lacustre risque bien de s’accompagner d’une autre, bien plus récente et beaucoup moins spirituelle (quoique) : la multiplication des œuvres d’art exposées annuellement par l’actuel Musée cantonal des beaux-arts pas encore au bord du lac Léman.

C’est en tout cas le sentiment que l’on peut avoir à la lecture d’un article de Jérôme Cachin dans La Liberté du 19 juin dernier.

En page 8 de ce journal, on apprend trois choses.

La première émane de Pascal Broulis. Le Président du Conseil d’Etat, affirme : «On ne peut pas dissocier économie et culture, l’une et l’autre se nourrissent implicitement.» Cela a au moins le mérite d'être clair. De là à dire que certains confondent économie et culture, que d’autres font de la culture une branche des affaires et que d’aucuns ont pour toute culture celle du business, il n’y a qu’un pas.

Mais foin de digressions, venons-en au but et parlons un peu ... chiffres, mais pas chiffres d'affaire.

La deuxième confidence provient d’Anne-Catherine Lyon. La Patronne de la Formation et de la Culture- dixit Cachin - affirme que, dans l’actuel Musée des beaux-arts, seulement «2% des 8500 oeuvres du musée peuvent être montrés chaque année».

C'est alors que survient la troisième révélation qui est à mettre sur le compte de Bernard Fibicher, le directeur du Musée des beaux-arts. Il affirme, quant à lui, que la proportion des œuvres exposées chaque année s’élève à 20% ! Soit dix fois plus que le chiffre avancé par la Ministre ! Il y a comme un problème d'ordre de grandeur.

Pour un futur et éventuel musée au bord de l’eau, cette soudaine multiplication des œuvres exposées chaque année tient plus de la multiplication des poissons que de la statistique.

Cela étant, deux hypothèse s’offrent à nous. La première : la ministre a raison - ce qui est vraisemblable puisque la page Web des musées cantonaux précise «Actuellement, au vu de l'exiguïté des locaux à disposition, moins de 5% de la collection est visible simultanément.» Dans ce cas, sachant que le nMBA de Bellerive offrirait une surface d’exposition 2,5 fois plus grande que celle de l’actuel musée, il ne sera possible de voir qu’environ 5% des œuvres stockées dans les caves du Palais de Rumine.

La seconde : le directeur du Musée des beaux-arts a raison et il sera alors possible de contempler 50% des œuvres propriétés de l’Etat. C’est beaucoup mieux, mais il ne faudra pas oublier de faire de la place aux collections promises par les généreux donateurs prêteurs d'oeuvres.

Une alternative intéressante est le projet dit du «Grand Rumine» qui pourrait offrir une surface 30% supérieure à celle du projet Ying Yang. Probablement de quoi exposer plus et mieux.

En tout état de cause une variante que seule la signature du référendum «Pas au bord du lac» permettrait d'envisager.

16.06.2008

Centre de gravité

Panneau En général, en physique, la notion de centre de gravité est relativement bien définie. C’est le centre des poids d’un objet, ou, si vous préférez, le point ou tout le poids d’un corps peut être concentré.

En urbanisme, cette notion est beaucoup plus vague

C’est en tout cas ce que doit – devrait - se dire Maître Olivier Verrey, grand défenseur des arts devant l’éternel et surtout président ou membre d’une nuée d’institutions culturelles. Des institutions parmi lesquelles on trouve la Cinémathèque suisse et la Fondation de soutien au nouveau musée des beaux-arts à Bellerive.

C’est justement à ces deux institutions que l’on doit la notion à géométrie variable de «centre-ville» pour Lausanne.

Le 4 juin dernier, Hervé Dumont affirmait dans les colonnes de 24 Heures «L’esplanade de Montbenon est certes charmante, mais la ville n’en fait rien. Du coup, on est isolé. Se rapprocher du centre-ville permettrait de poursuivre les efforts que j’ai entrepris pour enlever son côté chapelle à la Cinémathèque.»

Autrement dit, l’Esplanade de Montbenon – qui est dotée d’une vue exceptionnelle sur le lac et les Alpes - pourtant située à deux minutes de la station Vigie du m1 juste au-dessus du quartier du Flon et à 5 minutes de la place Saint-François est pratiquement à la cambrousse selon le directeur sortant de la Cinémathèque suisse.

Le même jour, Pierre Starobinski et le comité de soutien au nouveau musée cantonal des beaux-arts sur le site de Bellerive s’en prenaient vertement à celles et ceux qui préfèrent conserver le Musée des beaux-arts à la Riponne, soit au centre-ville. Les défenseurs de Bellerive contestent «l'illusion d'un centre-ville immobile. Il va et vient de la Riponne à Ouchy».

Autrement dit, les bords du lac de Bellerive sont au centre-ville même s’ils sont à environ 3 kilomètres de bus de la place Saint François. Et surtout ils sont mobiles !

La périphérie de l’un est le centre de l’autre alors que le centre de l’un est la prériphérie de l’autre. Comprend qui peut cette relativité généralisée qui ne fait en tout cas pas honneur à Albert Einstein qui a passé une partie de sa vie à traquer les invariants.

Je terminerai ce billet sur un conseil pour les visiteurs de la ville de Lausanne. Si vous venez en voiture et que vous suivez les panneaux de circulation indiquant le «centre», méfiez-vous, il y en a peut-être un qui vous conduira droit au fond du lac.

07.06.2008

De Bellerive à Nuremberg

«Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver.» Mardi dernier, un comité en faveur d’un nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive, appelons-le nMBA, tenait conférence de presse.

Du beau linge ce comité, vraiment du beau linge.

Des pointures pour une conférence de presse qui doit convaincre que les opposants d’un Musée des beaux-arts à Bellerive ont tort de le vouloir à la Riponne.

Le plasticien Robert Ireland, un homme qui travaille avec les images était là. Il faisait partie celles et ceux qui allaient dire à la presse tout le mal qu’ils pensent des référendaires qui s’opposent à un Musée des beaux-arts à Bellerive. Il était de ceux qui devaient expliquer que «face à la désinformation il faut agir».

La tâche était importante, essentielle. Il fallait convaincre. Convaincre la presse et, par elle, les Vaudoises et les Vaudois.

Robert Ireland était là, bien entouré, les journalistes n’allaient plus tarder.

Voyage imaginaire dans son cerveau.

La presse va arriver, il va falloir persuader. Je dois être concis. Je dois être convaincant et trouver la formule. La formule qui marque.
Pas facile avec Yvette Jaggi, politicienne professionnelle et Marie-Claude Jequier qui a passé sa carrière à déterminer la politique culturelle de la ville et à fréquenter des politiciens …

Yvette Jaggi frappe fort, d’entrée. Elle dénonce «les visées destructrices des opposants, qui s'attaquent à la forme mais en veulent au fond, au principe».
Voilà, elle l’a dit. On le pense tous.
Les opposants du nMBA à Bellerive sont des destructeurs, des destructeurs de musée …
des destructeurs d’art !
Ça me rappelle quelque chose …, ça me rappelle ...
Ça y est … je la tiens, la formule !
«Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver.» … Joseph Goebbels !
Je tire le parallèle entre les opposants au nMBA à Bellerive et Joseph Goebbels.

Silence.
Les journalistes me regardent.

Joseph Goebbels était le ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande sous le régime nazi …
J’ai comparé les opposants au nMBA à Joseph Goebbels …
J’ai assimilé Frédy Buache, Michel Thévoz et Franz Weber à des tueurs d’art … à des tueurs tout court.
J’ai identifié le fondateur de la Cinémathèque suisse, l’ancien directeur de la Collection de l'art brut et celui qui a permis le classement de Lavaux au patrimoine mondial de l’Unesco à des nazis …

C’est exactement cela Robert Ireland, vous avez tenu conférence de presse, vous avez trouvé la formule qui tue - sans mauvais jeu de mots - vous avez trouvé la formule facile. Vous avez trouvé l'image beaucoup trop facile pour quelqu’un qui travaille avec les images

P.S. Cette terrible phrase, que l’on attribue tantôt à Goering, tantôt à Goebbels tantôt à d’autres tous aussi peu recommandables est en réalité issue d’une pièce de théâtre de Hans Johst, un auteur nazi. Baldur von Schirach, le fondateur de la « Kampfbund für deutsche Kultur » l'a reprise à son compte et on en trouve une trace dans le terrible film «De Nurember à Nuremberg» de Frédéric Rossif.

Extrait :