14.08.2008
Un taxi à Pékin
Ou Xiari nuan yangyang, c’est d’abord le titre d’un film de Ning Ying qui a obtenu le Don Quixote Award en 2001 et qui raconte les tribulations d’un chauffeur de taxi amoureux, très amoureux ...
Mais un taxi à Pékin, c’est surtout un doux euphémisme, parce que des taxis il y en a 70000 à Pékin.
Septante mille taxis ! C’est comme si toute la ville de St-Gall n’était peuplée que de chauffeurs de taxis. Pour un membre du Conseil intercommunal des taxis de la région lausannoise qui compte, en tout et pour tout, 250 «taxis gris», cela laisse songeur.
Notons tout de même au passage que la ville de Pékin, qui compte donc 70000 taxis pour 12 millions d’habitants, dispose d’un taxi pour 170 habitants. La région lausannoise qui dispose de son côté de 250 taxis pour environ 275 mille habitants ne dispose que d’un taxi pour 1100 habitants. Il faut cependant reconnaître que le taux de motorisation est, pour l’instant, beaucoup plus important à Lausanne qu’à Pékin.
Évidemment, quand une ville de cette taille possède un tel nombre de taxis, on est pratiquement face à une société dans la société. Une société qui doit avoir beaucoup à dire, à raconter.
Voici quelques éléments à propos des taxis pékinois glanés ici et là.
Première anecdote, pour toute la durée des JO, les chauffeurs de taxis auront l’interdiction d’avoir le crâne rasé ou de porter la barbe. Quant aux femmes, elles n’auront pas le droit d’arborer des coupes de cheveux «trop extravagantes». Question d’image paraît-il …
Par contre, toujours pour la bonne image, les taximen ont été priés de revêtir l’uniforme pour cette grande occasion olympique : chemise jaune, cravate rayée et pantalon bleu. Et peu importe la chaleur. Les récalcitrants, même par 40°C et 80% d’humidité, devront s’acquitter de la «modique» somme de 200-500 yuans (20-50 euros) en guise d’amende.
Catherine Mercier, journaliste de Radio-Canada envoyée à Pékin, nous apprend que d’autres directives encore plus strictes s’appliquent. Pendant le grand branle-bas olympique, les chauffeurs auront l’interdiction de manger dans leurs véhicules, même s’ils y passent 14 heures par jour, et auront l’obligation de se brosser les dents après avoir mangé de l’ail.
Pour permettre à leurs chauffeurs de communiquer facilement avec les amateurs de sport du monde entier qui vont déferler sur la ville chinoise, il semblerait que les centres de contrôle des taxis aient décidé d’utiliser les fonctions linguistiques des GPS. Mais toute cette électronique embarquée aurait aussi pour but de mettre sur écoute les passagers.
À vrai dire, mieux vaut être sur la bonne longueur d’onde avec les chauffeurs pékinois, car comme le rapporte Annie Poulin, une stagiaire journaliste québécoise : «À Pékin, le chauffeur demande au client s’il est capable de lui expliquer le chemin. Si le client doute, c’est fini… dehors ! Et j’exagère à peine.»
Au fait, je ne saurais terminer ce billet sans souligner qu’il y avait plusieurs modèles de taxis pékinois : le Xiali qui est petit et rouge, le Fukang qui est une Citroën ZX et les «taxis noirs» appelés ainsi car ils sont illégaux. Il est bien clair que, pour cause de Jeux, ces anciens modèles ont été condamnés pour être remplacés par de rutilitantes Hyundai Sonata sud-coréennes mais fabriquées à Pékin.
Les taxis pékinois constituent tout un monde que le Syndic de Lausanne n’aura pas, ou peu, eu l’occasion de fréquenter. Voiture mise à disposition par le CIO oblige. Dommage pour lui.
18:24 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, pékin, taxi
02.08.2008
Une femme à Pékin
C’est à juste titre que, dans les Quotidiennes, Estelle Lucien rappelle que les femmes n’ont pas toujours été, et de loin, correctement considérées par le grand bastringue olympique. C’est aussi avec pertinence que ce même média électronique rapporte l’«apartheid sexuel» dénoncé par le Comité Atlanta-Beijing+.
Si, à l’époque, le pas fin du tout Pierre de Coubertin qualifiait «les olympiades femelles d’inintéressantes, inesthétiques et incorrectes», de nos jours, la situation a bien évolué, sauf dans les pays musulmans intégristes. Ce sont d’ailleurs ces derniers que les médias et les associations promouvant l’égalité femmes-hommes sont les plus prompts à dénoncer.
Il existe pourtant un pays qui, pour ces XXIXe Jeux olympiques, n’enverra pas de délégation féminine en prétextant sa petite taille : le Liechtenstein. Et là, c’est le silence. Personne n’ose vraiment remettre en cause le choix de la Principauté de n’envoyer que le modèle couillu testostéroné de ses athlètes.
Et pourtant, le petit pays est représenté au Comité International Olympique par Son Altesse Sérénissime la Princesse Nora, une dame donc. Une princesse qui, de surcroît, fait partie de la commission «Femme et Sport» du CIO qui est censée renforcer la place de la femme dans le sport. Une princesse qui règne sur un micropays qui se vante de compter 15000 membres de fédérations ou clubs sportifs sur 35000 habitants et d’obtenir «d’excellents résultats dans les compétitions internationales.»
Mais un pays qui, malgré tout le bien qu’il pense de lui, invoque sa petitesse pour ne pas envoyer la moindre femme aux J.O.. Et pourtant, d’autres états, plus petits et parfois bien moins riches, y sont parvenus, comme les Îles Cook ou Saint-Marin.
Encore un effort Votre Altesse Sérénissime.
13:54 Publié dans Sports | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, j.o., liechtenstein, pékin
16.04.2008
Maudit gazon !
Comme chacun le sait, la Ville de Lausanne est très engagée dans le domaine sportif et dans le domaine – un peu tarte à la crème – de ce qu’il est convenu d’appeler développement durable.
C’est probablement raison de son engagement sportif que la Municipalité a décidé de présenter au Conseil communal son préavis 2008/8 «Attribution de subventions dans le domaine sportif - Nouveau volet «Sport phare» - Aides aux clubs, au sport féminin et aux sportifs d'élite lausannois - Réponse à la motion de M. Alain Bron».
Très grossièrement, ce préavis propose d’attribuer des subventions supplémentaires aux clubs actifs dans les sports, collectifs ou individuels, de haut niveau, pour autant qu’ils fassent preuve d’un réel soutien à la formation des jeunes et qu’ils fassent la promotion du sport féminin.
Dans son préavis, La Municipalité justifie donc ainsi son désir d’inciter les clubs à développer le sport féminin :
À l’exception, réjouissante, du curling et du hockey sur gazon, les équipes féminines lausannoises ne figurent pas dans les niveaux supérieurs des championnats nationaux. Or, aujourd’hui, les femmes représentent plus de 40 % des athlètes inscrits aux Jeux olympiques d’été, de nouvelles disciplines sont pratiquées et connaissent un succès grandissant : saut à la perche, football, hockey sur glace, etc.
De deux choses l’une : soit le réchauffement climatique est une telle foutaise que le gazon pékinois va geler dans les prochains mois, soit les relations entre la Municipalité et le Comité d’organisation des jeux de Pékin sont à ce point refroidies qu’il sera difficile de briser la glace, même au mois d’août.
Dernière hypothèse, l’auteur de ce préavis a écrit cette phrase un vendredi soir, juste avant un week-end qu’il allait devoir consacrer à tondre le gazon de sa pelouse.
Dans ce dernier cas son coup de crosse malheureux est bien compréhensible.
- Crédit photographique : wwwes sous licence Creative Commons.
P.S. Merci au Vert - cela ne pouvait pas être un Rose ou un Rouge et encore moins un incolore - qui a détecté cette bourde bien innocente.
20:03 Publié dans Un peu d'h. dans ce m. de b. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : clubs phares, féminin, gazon, glace, hockey, j.o., pékin
09.04.2008
Voyage dans l’âme honnie
Je vous l’accorde, le titre de ce billet est un mauvais jeu de mots sur la base du nom officiellement attribué au relais de la flamme olympique des prochains jeux de la XXIXe Olympiade.
Il n’empêche que …
À voir le nombre de policiers à roulettes, ou sans, et le nombre de paniers à salade mandaté par la Sarkozie pour protéger le fameux symbole.
À compter le nombre de protecteurs officiels dépêchés par le Comité d’organisation des jeux de Pékin encadrant la torche en rangs serrés et adoptant un comportement peu amène à l’endroit de certains sportifs relayeurs.
À compter le nombre de raclées distribuées par les forces de l’ordre à ceux qui tentaient d’éteindre le fameux symbole de paix et d’amitié pour manifester leur sympathie – opportuniste ou sincère – pour le Peuple tibétain.
À considérer la façon dont la liberté de commerce des pays occidentaux est privilégiée au détriment de la liberté d’expression et du respect des droits de l’homme.
À observer comment certains prennent conscience de l’existence de la dictature exercée par le gouvernement chinois, depuis Paris (ou ailleurs) alors qu’ils n’étaient conscients de rien lorsqu’ils vendaient pêle-mêle 160 Airbus et 2 réacteurs nucléaires.
À relire le «Rapport de la commission d’évaluation du CIO pour les Jeux de la XXIXe Olympiade en 2008» qui a écrit noir sur blanc qu’elle attribuerait les JO sans aborder la question des droits de l’homme «si ce n’est pour reconnaître l’existence de ce débat.»
À prendre en compte tout cela et encore plus, on se dit que le «Voyage de l’harmonie», nom officiel et bien mal choisi du relais de la flamme olympique, était née sous de mauvais auspices.
Mais à relire l’origine de ce fameux relais, on se dit qu’il ne pouvait pas en être autrement et que ce relais était véritablement bien mal né.
Un relais né en 1936 sur une proposition de Carl Diem, secrétaire général du Comité d'organisation des Jeux de la XIe Olympiade à Berlin. Une proposition qui ne manqua pas de séduire l’ego et le sens de la mythologie païenne d’un certain Josef Goebbels, ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande sous le régime nazi d’Adolf Hitler.
Tu parles d’un voyage dans l’harmonie.
20:34 Publié dans Sports | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : berlin, flamme, j.o., olympisme, pékin, relais olympique



