20.09.2008

De la distinction

Lausanne en constructionLe dictionnaire de l’Académie française accepte plusieurs significations pour le mot «distinction». Dans sa cinquième acception, l’ouvrage de référence mentionne «Élégance et dignité des manières.»

C’est exactement ce à quoi on serait en droit de s’attendre de la part de la police et du directeur d’icelle un jour de fête comme le fut celui de l’inauguration du m2. Les autres jours aussi d’ailleurs …

C’est exactement ce à quoi n’a pas eu droit la jeune femme qui, sur la place de la Riponne, distribuait, avec élégance et dignité, en plus du sourire, un tiré à part du supplément de La Distinction n°124 du 18 septembre dernier. Un opuscule titré Lausanne en construction et sous-titré Inauguration du métro moscouchy, le plus moderne du monde dans la ville la plus démocratique de l’univers – Cérémonies du jeudi 18 septembre 2008.

La distributrice du fascicule satirique, mais distingué et digne, s’est fait alpaguer, en plein pendant les festivités d’inauguration du moscouchy m2, par un pandore parce qu’elle procédait à sa distribution sans autorisation. La vilaine !

Pendant que la ville est mise sens dessus dessous par l’inauguration du m2, par le Comptoir Suisse, par la Coupe Davis, par le Festival Label Suisse, il y a un policier qui a trouvé le temps de détecter la malheureuse distributrice de la brochure à l’ironie distinguée, de la faire cesser d’agir, de vérifier son identité et de la dénoncer à l’autorité compétente.

Décidément, la police de Lausanne a bien fait de limiter les congés au maximum pour laisser à l’un de ses perdreaux le temps et les moyens de sévir à l’endroit de cette dangereuse femme distillatrice d’imprimés subversifs. Il fallait bien ça.

Il faut dire qu’elle l’a bien cherché la distributrice de brochure appelant à la mutinerie, voire à la révolution. Franchement, se permettre de dispenser sans autorisation un pamphlet dans lequel le syndic de la plus petite ville équipée d’un métro automatique et son chef de la police sont honteusement et respectivement dénommés l’Immense Syndic du Peuple et le Maréchal des Logis de Police mérite une punition exemplaire !

Et c’est bien ce qui attend la petite déviante qui, comme le confirmait hier le chef de la police dans Le Courrier, sera automatiquement dénoncée à l’autorité compétente. Une époustouflante preuve qu'il n’y a pas que le m2 qui soit automatique.

Distributeurs de journaux satiriques gratuits et sans pub, méfiez-vous : l’autodafé n’est pas loin, même si vos écrits sont élégants et dignes dans la manière comme sur le fond !

Pour terminer ce billet, je rappellerai à qui se sentira concerné que le Code de déontologie de la police de Lausanne prévoit dans son chapitre IV que «le policier fait usage des pouvoirs qui lui sont conférés par la loi de manière opportune et adaptée aux circonstances».

14.04.2008

Règlement pour les fileuses logées

Règlement pour fileuses logéesLe règlement reproduit ci-dessous est celui des filatures H. Bertrand de Saint-Jean-du-Gard dans le Gard en France. Il a été en vigueur entre 1918 et 1921.

Article I. – Les fileuses doivent obéissance et soumission aux personnes chargées de les surveiller, tant à la maison qu’à la filature.

Art. II. – Au premier coup de sirène, c’est-à-dire à 5 heures _ du matin, les fileuses devront se lever et procéder à leur toilette, afin d’arriver à la filature cinq minutes avant le commencement du travail, c’est-à-dire à 6 heures précises.

Art.III. – Il est expressément défendu de manger ou de garder des comestibles dans le dortoir, qui doit être tenu dans un état de propreté absolu. Toutes les semaines, deux ouvrières seront désignées, à tour de rôle par la surveillante, pour balayer les locaux et vider les eaux sales.

Art. IV. – Les fenêtres des dortoirs devront être tenues ouvertes pendant la journée ; les lits seront découverts pour permettre l’aération de la literie jusqu’à 8 heurs du matin.

Art. V. – Pendant le repos du matin, de 8 à 9 heures, chaque ouvrière devra faire son propre lit, et secouer avec soin les draps et couvertures.

Art. VI. – Pendant les repos, les ouvrières peuvent se promener et se distraire dans la cour attenant à leur logement ; elles ne doivent aller en ville que pour faire les achats qui leur sont indispensables, après en avoir obtenu l’autorisation de leur surveillante.

Art. VII. – Il est absolument défendu d’aller en ville, la nuit sous aucun prétexte.
La porte de la maison donnant sur la rue sera fermée à 6 heures l’hiver, à 8 heures l’été, celle donnant sur la cour à 8 heures l’hiver, à 9 heures l’été. Celles qui, après les heures indiquées, iraient en ville sans autorisation préalable de M. le Directeur, seraient congédiées et perdraient leur droit au voyage aller et retour.

Art. VIII. – Conformément à l’Article VII ci-dessus, seraient aussi renvoyées les ouvrières qui se feraient remarquer par une tenue et une conduite peu convenable.

Art. IX. - Après 9 heures du soir, les lumières seront éteintes, tant au dortoir qu’au réfectoire, et les ouvrières devront être couchées et garder le silence.

Art. X. – Les ouvrières doivent assister aux offices le dimanche et les jours fériés.

Art. XI. – Toute infraction au nouveau règlement sera sévèrement réprimée, soit par une amende, une corvée supplémentaire ou l’exclusion.

Signé : H. BERTRAND


À votre avis, qu’est-ce qui fait que les conditions de vie et de travail des travailleurs, des travailleuses, des employés et des employées se sont considérablement améliorées - du moins en Europe occidentale - depuis presque cent ans ?

La volonté et le courage des syndicats et de leurs membres ou la générosité et l'humanisme des employeurs ?