22.04.2008

Une des causes de la crise tibétaine dans votre poche ?

Batterie Li-ion NokiaLes batteries de portables – téléphones, ordinateurs, iPod et autres – utilisent largement un métal léger aux propriétés électrochimiques très prisées : le lithium. Or, il se trouve que ce métal alcalin est présent en abondance au Tibet, sous forme dissoute, dans le lac salé Chabyer - ou Zabuye -, et que la Chine est devenue le plus gros producteur de batterie au lithium du monde.

C’est en tout cas ce que nous révèle Le Courrier d’hier par la plume de Marie-Martine Buckens dans un article édifiant mais très inspiré d’un de ceux de Green Energy News.

Tout cela est confirmé par le Minerals Yearbook du Gouvernement américain qui affirme que la production potentielle de lithium pourrait atteindre presque un tiers de la consommation mondiale de ce matériau en 2005.

Bien entendu, le Tibet recèle d’autres trésors naturels qui ne peuvent qu’attiser la convoitise des pays industrialisés, comme les USA, et, bien évidemment la Chine. Au nombre de ces trésors et ressources naturelles, on citera, en vrac, l’uranium, le pétrole, le gaz et … l’eau. De l’eau pour boire, mais aussi de l’eau à turbiner pour produire jusqu’au tiers des besoins électriques de la Chine.

Autant dire que, dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi le Gouvernement chinois supporte assez mal les désirs d’indépendance du Peuple tibétain.

On comprend aussi un peu mieux pour quelles raisons les Etasuniens rêvent de planter un « consulat », et plus si entente, parce que la guerre, il ne faut pas y penser, la Chine ce n’est pas l’Irak, à Lhassa afin de mieux « observer » ce qui se passe au Tibet.

On comprend bien mieux pourquoi le Gouvernement chinois s’est fendu d’un chemin de fer, long de 4 561 km et faisant étape à Tanggula, la gare la plus haute du monde, reliant Pékin à Lhassa.

On comprend plus facilement pourquoi les certains pays – comme les USA et la France – crient plus ou moins fort, mais pas trop, contre le non-respect des Droits de l’Homme mais ne font rien.

On comprend tout à coup pour quelle raison l’on passe pour un collaborateur de l’impérialisme américain si l’on critique le Gouvernement chinois et ses méthodes qui font des dégâts humains aussi bien en Chine qu’au Tibet.

Le Tibet, on le découvre à l’occasion des J.O., est un réservoir de richesses pour la Chine et certains aimeraient bien se payer une tranche du gâteau. Mais, évidemment la Chine ne veut pas et, fidèle à sa tradition, le Gouvernement chinois, qui n’a plus rien de communiste ni de démocratique, flanque des beignes à ceux qui font remonter cette situation sur la scène de l’actualité mondiale.

Pensez donc, on ne badine pas avec le commerce, la croissance et le « progrès » !

Le seul tort du Tibet : occuper une position stratégique entre l’Inde et la Chine et être bourré de richesses. Un comble pour un pays où la religion dominante « valorise le non-attachement aux biens matériels et prône la vertu d'avoir moins de désirs, sans que cela ne se confonde avec un encouragement à la pauvreté. »

05.04.2008

Le CIO : une multinationale aveugle

511607589.jpgLa ville de Lausanne peut se vanter de compter plusieurs multinationales sur ses terres parmi lesquelles des cigarettiers, dont la très connue Philip Morris, et, dans un autre type de business, le Comité international olympique (CIO).

Un CIO qui a pour siège social ma ville, la ville de Lausanne en Suisse, qui, du coup, s’est retrouvée catapultée capitale olympique et hôte d’une multitude de fédérations internationales et d’associations sportives. En un mot comme en cent, Lausanne est l’épicentre du sport mondial.

Le CIO, qui réunit 115 membres cooptés, tient entre ses mains les rênes de la procédure d’attribution des Jeux olympiques. C’est donc le CIO qui a décidé en juillet 2001 d’attribuer les Jeux à la Chine. C’est le Comité international olympique qui, espérant servir la cause des Droits de l’homme, a choisi Beijing pour les Jeux de 2008. C’est cet aréopage qui, dans son «Rapport de la commission d’évaluation du CIO pour les Jeux de la XXIXe Olympiade en 2008» a écrit :

Comme indiqué, la commission a pour rôle d’effectuer une analyse technique, mais il est impossible d’ignorer le débat public autour de certaines questions politiques, telles que les droits de l’homme, débat qui, dans le contexte actuel, est imposé au sport. La commission n’abordera pas cette question si ce n’est pour reconnaître l’existence de ce débat. Les membres du CIO devront parvenir à leurs propres conclusions.


C’est le Comité international olympique, formé pourtant de 60% de membres rompus à la politique nationale ou internationale, qui a choisi de laisser à chacun le droit de se forger une opinion personnelle sur la situation des droits de l’homme dans les pays candidats.

C’est donc le «Conseil d’administration» de la gigantesque multinationale olympique qui a pris le risque de ne pas ouvrir les yeux sur la situation des droits de l’homme en Chine pour permettre à sa marmite de bouillir en paix dans ce qu’il est convenu d’appeler un pays émergeant de 1,5 milliards d’âmes.

C’est le CIO qui s’est risqué à désigner un état qui va dépenser plus de trente milliard d’euros, dont deux pour les installations sportives, pour organiser les Jeux dans un pays où beaucoup d’humains manquent de tout.

C’est le CIO qui s’est planté en 2001 en attribuant des Jeux à un pays qui ne réunissait pas toutes les conditions permettant de garantir la «promotion une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.» et de véhiculer des valeurs telles «la compréhension mutuelle, l'esprit d'amitié, de solidarité et de fair-play.»

Et c’est maintenant :

L’actuel président du CIO, monsieur le comte Jacques Rogge, [qui] vient de rendre hommage au gouvernement chinois pour les progrès accomplis grâce à la préparation des Jeux: « Il y a des avancées en Chine, et c'est grâce à l'arrivée prochaine des Jeux dans ce pays. La mise en place, au début de l'année, d'une loi sur la liberté de la presse est appliquée […]. En soixante ans le pays a fait des progrès immenses, bien plus vite que certains pays qui se targuent d'être démocratiques. » On appréciera tout le mépris pour les États de droit contenu dans le « qui se targuent ». J'imagine que Rogge se targue d'avoir la classe…. Et le comte conclut par cet hymne au droit et à la liberté : les athlètes devront « respecter la charte olympique qui leur défend de manifester dans les enceintes olympiques. Sinon, ils s'exposent à des sanctions ». Heureusement qu'il reste la Chine et le CIO pour conserver intactes les valeurs éternelles de soumission et de discipline. (Philippe Val, Charlie Hebdo n°824, 2 avril 2008)


Et c’est Lausanne qui, rappelons-le, est capitale olympique, a remis, le 17 mai 2001, les clés de la ville à l’ancien président du CIO, devenu président d’honneur à vie, également ancien ministre de Franco et membre de l’Opus Dei, le marquis Juan Antonio Samaranch.

Je me demande s’il ne faudrait pas changer la serrure.