26.02.2010
Le diable sur la place du Château
Comme chaque année à pareille époque, la place du Château à Lausanne accueille l’assermentation des nouveaux gendarmes, inspectrices et inspecteurs de la Police cantonale vaudoise.
Une cérémonie très traditionnelle à l’occasion de laquelle les représentants de ce qu’il est convenu d’appeler le «bras armé de l’Etat» revêtent la Grande tenue et la Ministre de la Sécurité et de l’environnement une cape ou un manteau dans les tons saumon en totale harmonie avec les uniformes.
Une cérémonie lors de laquelle les représentants des forces de l’ordre cantonales ont l’occasion d’effectuer quelques parades, marches au pas, garde-à-vous et saluts. Pour sa part, la Fanfare de la Police cantonale a bien évidemment pour mission, juste après que tous les nouveaux engagés aient eu l’occasion de prêter serment, de jouer l’hymne cantonal.
18:00 Publié dans La vie qui va | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : assermentation, cornemuse, gendarmerie, police, vaud
30.11.2008
Compte dessus et bois de l’eau claire
Voilà un peu le sentiment qui m’anime ce soir après avoir entendu la conférence de presse que le Conseil d’Etat a consacrée à la votation populaire sur le nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive. Un projet refusé par 52,4 % des votants.
Un étrange sentiment que le péril bétonné, semi-privatisé, mal implanté, pas intégré n’a pas dit son dernier mot. L’ombre plane … et pourrait bien refaire surface là où on s’y attend le moins, c’est-à-dire là où il a coulé : à Bellerive.
C’est en tout cas ce qui se dégage des propos de la Ministre de la Culture Anne-Catherine Lyon qui a affirmé que le Conseil d’Etat allait remettre l’ouvrage sur le métier en y travaillant d’arrache-pied et qu’aucune solution n’était à écarter, y compris au bord du lac à Bellerive !
Son argument massue : les communes des bords du Léman ont été celles qui ont le plus accepté - plutôt le moins refusé - le projet gouvernemental. Le slogan «pas au bord du lac» est donc caduc. Une étrange argumentation quand on sait que les lausannois, parmi les principaux intéressés, ont refusé le bunker – malgré un appui massif de leur Municipalité – et que les électeurs des bords des lacs de Joux et de Neuchâtel ont boudé le projet.
Lac pour lac …
On voudrait nous préparer à accepter un projet «blanc bonnet, bonnet blanc» dans un futur proche que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Soyons clairs, personnellement, je ne considère pas comme une grande victoire le fait d’avoir contribué à torpiller l'entreprise mal née de musée de beaux-arts AU bord du lac, même si c’est face à la mobilisation massive de tout ce qui compte dans le canton.
Par contre, j’ose espérer que cela fera un peu réfléchir le Conseil d’Etat et la Municipalité de Lausanne pour qui cette votation populaire n’a l’air d’être qu’une petite anicroche sur le chemin de sa volonté triomphante.
Une volonté triomphante soulignée par la Municipale Silvia Zamora qui affirme haut et fort que l’avenir de la place de la Riponne et du Romandie est déjà scellé par ses soins : ce sera le nouveau haut lieu culturel de la jeunesse. Voilà une manière un peu cavalière de bétonner (!) un avenir que les Vaudois et les Lausannois veulent, comme semble le montrer leur vote, un peu différent de ce qui leur est proposé.
S’il est vrai que le «non» est vraisemblablement le résultat d'une addition d’opinions différentes, il est au moins aussi vrai que le «oui» est probablement le résultat d’une conjonction d’avis disparates allant des acteurs de la culture à ceux de l’économie en passant par l’écrasante majorité des politiques. Avec une telle armada, un petit «non» devrait quand même faire grandement réfléchir et inciter le gouvernement à songer à une alternative un peu plus crédible qu’un «Bellerive bis».
Pour terminer ce billet, je ne saurais résister au plaisir de rapporter, en substance, les propos du Conseiller d'Etat François Marthaler, l’un des nombreux papas du m2, qui a trouvé le moyen de se remonter le moral en affirmant que Bellerive est devenu le centre ville de Lausanne grâce au métro automatique qui emmène plus de passagers vers le lac que vers le CHUV. Comme si ces passagers, une fois arrivés au bord du lac, ne rebroussaient jamais chemin et finissaient, engloutis à jamais, au fond du lac, comme le fantasmatique musée des beaux-arts À Bellerive.
23:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : beaux-arts, bellerive, conseil d’etat, lausanne, nmba, vaud, votation
15.11.2008
Grève et prise d’otage
Jusqu’au début de ce mois, la fonction publique vaudoise n’avait, dans mon souvenir, jamais connu des périodes de grève s’étendant sur plusieurs jours consécutifs.
Il a suffi de deux jours – oui, deux petits jours – consécutifs de grève dans les gymnases vaudois pour que des commentateurs plutôt mal inspirés se mettent à parler de prise d’otage.
Oui, vous avez bien lu, prise d’otage. Prise d’otage, des mots forts qui ont un sens. Lorsque des morts forts de sens sont utilisés, la moindre des choses est de soigneusement les soupeser avant de les donner en pâture à ceux qui vont en faire leurs choux gras.
Les amateurs de terminologie issue du terrorisme, un mot qui a aussi un sens très fort du point de vue politique et émotionnel, se recrutent essentiellement dans la presse, pas seulement gratuite, et les médias en général.
C’est ainsi que, par exemple, le gratuit 20 minutes titrait mercredi après la première journée de grève du 11 novembre : «C’est une prise d’otage des patients et des élèves.»
Le même jour, avant même le début de la grève, le journaliste de la RSR Jean-Marc Béguin parlait de «Prise d’otages dans les gymnases vaudois», un terme qui reviendra deux fois dans un texte de 25 lignes.
Quant à Philippe Barraud, l’animateur du magazine en ligne soi-disant contre le «néo-conformisme» (?), il publie un billet littéralement bourré de termes issus du vocabulaire terroriste : sabotage, prise d’otage et j’en passe.
Et ce qui devait arriver arriva, 24 Heures a trouvé jeudi un gymnasien qui lâche «Nous sommes pris en otage par les enseignants alors que nous n’avons rien à voir avec le sujet!»
Prise d’otage ?
Est-ce que quelqu’un a vu un seul employé de l’Etat de Vaud - parce qu’il n’y a pas que les profs de gymnase qui grèvent et qui manifestent – poser un revolver sur la tempe d’un usager du service public ? Ou bardé de ceintures d’explosifs ? Ou encore la lame de son couteau posée sur la délicate gorge d’un ou d’une Conseiller ou Conseillère d’Etat ?
Bien évidemment non !
Il ne s’agit pas du tout de cela, tout le monde le sait, mais certains font comme s’ils ne le savaient pas, car les mots ont un sens et les mots qui ont un sens ont des conséquences lorsqu’on les utilise comme des armes de destruction massive*.
Des armes de destruction massive dont l’usage a pour objectif de dynamiter les droits constitutionnels et démocratiques par la stigmatisation, par l’accusation, par la culpabilisation, voire par la diffamation de ceux qui les utilisent.
Des armes de destruction massive qui ont pour but d’effrayer, de démoraliser, de diviser, pour enfin soumettre.
Des armes de destruction massive dont la fin est de casser le droit de grève et l’exercice des droits constitutionnels, par la bande, sans même avoir le courage - ou l’inconscience - de lancer une initiative populaire visant à supprimer l’article 28 de la Constitution fédérale qui traite de la liberté syndicale et du droit de grève.
Des armes de destruction massive qui sont finalement beaucoup plus dangereuses que quelques jours de grève, quelques banderoles et quelques gueulantes au mégaphone.
La grève est un droit, nous avons donc le droit de faire la grève.
À ceux à qui cela ne plaît pas, il reste la liberté de la faire interdire par les voies démocratiques. À moins que vous ne raisonniez comme cet internaute rencontré au hasard d’un blogue qui réagit à l’interdiction du droit de grève par cette formule :
Supprimer le droit de grève ? Ah non, quand même ! Mais au moins qu’ils ne l’utilisent pas.
* J'ai bien conscience que cette expression est également lourdement chargée de sens ...
14:25 Publié dans Service public | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : decfo, grève, manifestation, otage, sysrem, vaud
27.08.2008
M2-budget
Rien à voir avec les produits à prix plancher du géant orange. Quoique …
Souvenez-vous, il y avait eu la fameuse affaire des «hausses légales» du m2. C’est-à-dire l’augmentation du budget du projet liée au renchérissement au fur et à mesure que le temps passe.
Lorsqu’il a été soumis au peuple vaudois, en septembre 2002, le métro m2 était évalué à 590 millions, puis en septembre 2005, on apprenait qu’il faudrait sortir de l’escarcelle 116 millions de plus, pour un montant total de 706 millions. À la mi-avril 2007, le coût supposé avoisinait les 715 millions et aujourd’hui on parle de 730 millions.
Plus le temps passe, plus le coût d’un tel projet augmente, et c’est normal dans une certaine mesure.
Ce qui est un peu moins normal, c’est que, pour éviter les cris d’orfraies de celles et ceux qui trouvent toujours tout trop cher et surtout les impôts, on s’adonne parfois à quelques tripotages chiffres.
C’est ce qui s’est passé avec les sous-stations permettant d’alimenter en énergie électrique les fameuses rames construites par Alstom.
Dans le rapport-préavis 2002/26 dont l’objet était le cautionnement des emprunts du m2 à hauteur de 100 millions par la ville de Lausanne, on apprenait que le budget du m2 comprenait les ouvrages, les bâtiments, les véhicules, les installations de conduite automatique, les voies, les sous-stations électriques et les télécommunications. Le préavis était accepté sans aucun problème par le Conseil communal de Lausanne.
En novembre 2005, donc après la crise des hausses légales, le Conseil d’Etat vaudois rédigeait son «Exposé des motifs et projet de décret (EMPD) concernant le financement des coûts du renchérissement du Métro m2 entre Ouchy (Lausanne) et Les Croisettes (Epalinges)». Voici ce que l’on pouvait y lire :
Des réductions et optimisations du projet ont été identifiées par le MLO. Enfin, pour atteindre la cible budgétaire, certains coûts d'investissement furent transférés hors du projet : les sous-stations électriques (7,3 millions de francs) mises à disposition par les Services industriels de Lausanne dans le cadre d’un contrat de fourniture global d’énergie ; une partie des pièces de rechange (4,2 millions de francs), et les automates à billets (0,4 millions de francs) mis à disposition par les tl dans le cadre d’un renouvellement de son parc.
Ce qui signifie en clair que la ville de Lausanne allait devoir investir plus que prévu dans les infrastructures du m2 pour atteindre la cible budgétaire du canton. On se trouvait face à une sorte d’externalisation des coûts de construction du m2.
Bien entendu ces nouveaux investissements ont été soumis à l’approbation du Conseil communal de Lausanne qui n’y a vu que du feu, ou presque. Il faut dire que l’argumentation avancée dans le préavis municipal n° 2006/25 du 1er juin 2006 n’est pas vraiment la même que celle que l’on peut lire dans l’EMPD cantonal :
Les TL, à l’instar de nombreuses entreprises de transport, désirent se concentrer sur le coeur de leur métier. […] C’est dans cette optique qu’ils envisagent de se départir de la maintenance de leurs sous-stations « traction ».
puis plus loin :
De leur côté, les SIL ont élargi depuis plusieurs années la palette de prestations de services proposées à leur clientèle qui souhaite se décharger des tâches complexes ne figurant pas au coeur de ses activités.
Vues par la lorgnette de la municipalité lausannoise, les raisons de ce tour de passe-passe budgétaire sont avant tout stratégiques : en de débarrassant de ce qu’ils ne savent pas faire, les tl rendent presque service aux SIL qui vont ainsi pouvoir développer leur savoir-faire dans certains domaines techniques, fidéliser leurs clients et développer de nouveaux partenariats.
Bien évidemment, la municipalité de l’époque n’a pas avancé le fait qu’en mettant à charge la construction de ces sous-stations, le Métro-Lausanne-Ouchy améliorait son budget de 7,3 millions tout en péjorant celui de la ville de Lausanne du même montant. Cela n’aurait pas eu d’allure. Le seul qui l’ait reconnu, pendant la séance de la commission chargée d’étudier ce préavis, a été le Jean-Yves Pidoux, le tout nouveau municipal des SIL, qui a hérité du cadeau et qui s’est exprimé ainsi selon le rapport :
Cette opération découle d’une nécessité financière pour le m2. Après les débats sur le financement de ce projet, il n’est pas paru possible de revenir sur l’enveloppe financière votée par les citoyen-ne-s.
Dernière précision, entre l’EMPD de novembre 2005 et le préavis de juin 2006, le coût de ces sous-stations est passé de 7,3 à 11,5 millions. Encore une hausse légale ou un nouveau prix politique ?
Toujours est-il que, personnellement, je retire de cette opération conjointe MLO/canton/commune, le désagréable sentiment d’avoir été le spectateur d'une grande illusion à la David Copperfield.
12:19 Publié dans Transports | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : budget, conseil communal, grand conseil, lausanne, m2, vaud



