30.11.2009

Le pyromane Freysinger fait de l’auto-allumage

flammes.jpgQue l’initiative visant à interdire la construction des minarets ait aggloméré la peur des uns et la haine des autres ne fait aucun doute. Malheureusement pour les promoteurs de cette initiative – l’UDC tant bien que mal camouflée derrière un comité paravent dans lequel on ne trouve presque que des UDC – un succès équivaut à un apaisement des peurs des premiers et au tarissement d’une source de succès des seconds.

Une sorte de calme après la tempête. Un calme confirmé par la retenue et la modération de la Coordination des organisations islamiques en Suisse (COIS) qui se dit «surprise» et «déçue» par le résultat de la votation.

Tout le problème pour les fachos de l’UDC est donc de maintenir la machine infernale en mouvement afin qu'elle puisse continuer à véhiculer ses messages de haine et leur donner la plus large audience.

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22.12.2008

Acharnement muséologique

entreeMBA.jpgMoins d’un mois après la votation populaire sur le projet de nouveau Musée des beaux-arts au bord du lac à Bellerive, Yvette Jaggi revient sur les causes de son refus par le peuple.

Parallèlement, l’Institut M.I.S. Trend publie les résultats d’une enquête portant les raisons qui ont poussé les Vaudois Lausannois à refuser le projet Ying-Yang.

Selon le sondage, la cause principale de refus est la localisation du musée sur les bords du lac. Il semblerait même que les sondés préfèrent un musée au centre ville et plus particulièrement à Rumine.

Voilà qui est intéressant, car ces résultats corroborent assez exactement les raisons mises en avant par le comité référendaire «Pas au bord du lac».

Ce qui est encore plus intéressant, c’est l’analyse que l’ancienne Syndique de Lausanne fait de cet échec. Une analyse que 24 Heures publie sur la même page et dont il fait sa «Une» et son «Point fort».

En exergue, Yvette Jaggi affirme «Une copie conforme au projet de Bellerive serait mortelle.» On ne peut que lui donner raison, mais pouvait-elle dire autre chose ? Bien évidemment non, mais – car il y a un «mais» – elle n’en est pas très loin.

C’est en tout cas le sentiment que suscite son affirmation selon laquelle le projet de Bellerive réunissait, «coïncidence rare» – sous-entendu qui ne se renouvellera peut-être pas ou plus – toutes les missions d’un tel musée : missions de conservation, de recherche, d’éducation, de divertissement et économique.

Un peu plus loin, la présidente de la fondation suisse pour la culture Pro Helvetia, avance que «Peut-être que l’emplacement n’était pas fédérateur. Mais un objet culturel, on le rend fédérateur.» Pourquoi ce «peut-être» ? Ce projet n’était pas fédérateur, qu’on se le dise ! Et que signifie ce «on le rend fédérateur» ?

La réponse se trouve quelques lignes plus avant : «Je suis persuadée que seule la conviction emporte la conviction.» Que faut-il comprendre par là ? Qu’il aurait été possible de faire avaler la pilule aux Vaudois si le comité pro Bellerive avait trouvé l’oiseau rare capable de leur faire prendre des vessies pour des lanternes ? Que l’échec est une question de forme et pas de fond ?

Je m’interroge et je trouve un élément de réponse un peu plus loin, lorsque Mme Jaggi s’exprime sur la question de savoir qui doit piloter un nouveau projet : «Il faut que quelqu’un l’incarne, et que cela se sache, se perçoive. Il faut communiquer du fond de l’âme.»

On ne parle plus de musée, ni de culture, on ne parle de communication. Tout est question d’emballage et de mise en scène. De la pure technique de vente. La même que celle utilisée par une célèbre marque de machine à laver qui tente d’incarner ses produits au travers d’une ancienne joueuse de tennis.

Et moi qui croyais naïvement que pour faire aboutir un projet et pour le vendre (!), il fallait qu’il soit bon. Pas excellent, simplement et modestement bon !

Pour la fin de son interview, l’ancienne magistrate socialiste résume cette technique de vente en une phrase qui en dit long : «Pour mener à bien certains projets, il faut de la conviction, de la sincérité, mais aussi de la ruse et du culot.»

Elle a juste oublié les moyens, qui n’ont d’ailleurs pas manqué, à moins qu’ils soient l’expression actuelle de la conviction et de la sincérité. Quant à la ruse, il semble probable que les Vaudois soient assez malins pour la déjouer. Une aptitude dont il faudra tenir compte la prochaine fois.

30.11.2008

Compte dessus et bois de l’eau claire

Conférence de presse du conseil d'Etat vaudoisVoilà un peu le sentiment qui m’anime ce soir après avoir entendu la conférence de presse que le Conseil d’Etat a consacrée à la votation populaire sur le nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive. Un projet refusé par 52,4 % des votants.

Un étrange sentiment que le péril bétonné, semi-privatisé, mal implanté, pas intégré n’a pas dit son dernier mot. L’ombre plane … et pourrait bien refaire surface là où on s’y attend le moins, c’est-à-dire là où il a coulé : à Bellerive.

C’est en tout cas ce qui se dégage des propos de la Ministre de la Culture Anne-Catherine Lyon qui a affirmé que le Conseil d’Etat allait remettre l’ouvrage sur le métier en y travaillant d’arrache-pied et qu’aucune solution n’était à écarter, y compris au bord du lac à Bellerive !

Son argument massue : les communes des bords du Léman ont été celles qui ont le plus accepté - plutôt le moins refusé - le projet gouvernemental. Le slogan «pas au bord du lac» est donc caduc. Une étrange argumentation quand on sait que les lausannois, parmi les principaux intéressés, ont refusé le bunker – malgré un appui massif de leur Municipalité – et que les électeurs des bords des lacs de Joux et de Neuchâtel ont boudé le projet.

Lac pour lac …

On voudrait nous préparer à accepter un projet «blanc bonnet, bonnet blanc» dans un futur proche que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Soyons clairs, personnellement, je ne considère pas comme une grande victoire le fait d’avoir contribué à torpiller l'entreprise mal née de musée de beaux-arts AU bord du lac, même si c’est face à la mobilisation massive de tout ce qui compte dans le canton.

Par contre, j’ose espérer que cela fera un peu réfléchir le Conseil d’Etat et la Municipalité de Lausanne pour qui cette votation populaire n’a l’air d’être qu’une petite anicroche sur le chemin de sa volonté triomphante.

Une volonté triomphante soulignée par la Municipale Silvia Zamora qui affirme haut et fort que l’avenir de la place de la Riponne et du Romandie est déjà scellé par ses soins : ce sera le nouveau haut lieu culturel de la jeunesse. Voilà une manière un peu cavalière de bétonner (!) un avenir que les Vaudois et les Lausannois veulent, comme semble le montrer leur vote, un peu différent de ce qui leur est proposé.

S’il est vrai que le «non» est vraisemblablement le résultat d'une addition d’opinions différentes, il est au moins aussi vrai que le «oui» est probablement le résultat d’une conjonction d’avis disparates allant des acteurs de la culture à ceux de l’économie en passant par l’écrasante majorité des politiques. Avec une telle armada, un petit «non» devrait quand même faire grandement réfléchir et inciter le gouvernement à songer à une alternative un peu plus crédible qu’un «Bellerive bis».

Pour terminer ce billet, je ne saurais résister au plaisir de rapporter, en substance, les propos du Conseiller d'Etat François Marthaler, l’un des nombreux papas du m2, qui a trouvé le moyen de se remonter le moral en affirmant que Bellerive est devenu le centre ville de Lausanne grâce au métro automatique qui emmène plus de passagers vers le lac que vers le CHUV. Comme si ces passagers, une fois arrivés au bord du lac, ne rebroussaient jamais chemin et finissaient, engloutis à jamais, au fond du lac, comme le fantasmatique musée des beaux-arts À Bellerive.

27.04.2008

La politique du cortex

Affiche initiative naturalisationsLa Liberté de vendredi dernier a publié un article très éclairant dans lequel le spécialiste en communication Gilles Lugrin décrypte l’affiche du parti du bouc recyclée à l’occasion du vote sur les naturalisations du 1er juin prochain.

Le chercheur et maître-assistant à l’Université de Lausanne observe que l’affiche ne présente que des mains d’hommes, plus ou moins hâlées et colorées, noueuses et dépourvues d’alliance.

L’image est claire, ce sont des mains de travailleurs, célibataires qui travaillent pour pas cher, voire qui abusent du système en plus de voler des passeports. La symbolique pourrait se résumer ainsi :

l'homme étranger fait main basse sur votre travail, sur votre identité et sur vos femmes.

On comprendra sans peine que cette affiche vise les tripes. Elle vise à créer l’insécurité, le rejet, voire la haine chez l’Homo helveticus qui, à travers cette représentation, va se sentir menacé au niveau de ses revenus et de ses ressources ainsi qu’au niveau de son besoin de procréer. L’affiche de l’UDC attaque à la base de la pyramide des besoins de Maslow. L’UDC joue sur les instincts. L’UDC compte sur le système limbique des citoyens.

Le plus formidable dans cet article est la réaction d’Alain Hauert, porte-parole du parti au bouc, qui se demande si le chercheur en sémiotique n’a pas été influencé par les prises de position de l’UDC dans son analyse de l’affiche. Par cette remarque, le porte-parole reconnaît explicitement que le parti du bouc accuse tous les travailleurs étrangers candidats à la naturalisation de le faire pour s'approprier d’en vouloir à « notre » travail et « nos » femmes. Plus xénophobe tu meurs !

Voilà, sans doute ce que le parti du bouc appelle utiliser sa tête.